La laïcité de l’État

La séparation de l’Église et de l’État a été réglée au Québec en 1874 quand le Conseil privé britannique a réglé l’affaire Guibord. Cela a arrêté l’ingérence de l’Église dans les affaires qui relèvent de l’autorité civile, pas ecclésiastique. Le pouvoir civil et non le pouvoir ecclésiastique de l’Église régnait sur les affaires temporelles.

En dépit de cela, l’Église a maintenu son pouvoir oppresseur dans les affaires temporelles parce qu’il était de l’intérêt des cercles dirigeants britanniques de maintenir les rapports féodaux dans les campagnes. Le peuple s’est toujours opposé aux pratiques brutales de l’Église au Québec et son pouvoir s’est finalement brisé une fois pour toutes dans les années 1950-1960, lorsqu’il a fallu créer un bassin massif de main-d’oeuvre à bon marché pour servir l’expansion impérialiste américaine au Canada. C’était le Québec qui procurait alors le plus haut taux de rendement sur l’investissement et il était nécessaire pour cette raison de briser la mainmise de l’Église. On a donné à cette période d’expansion économique et de changements sociaux et culturels au Québec le nom de Révolution tranquille.

L’affaire Guibord

La tombe de Joseph Guibord au cimetière Côte-des-Neiges à Montréal a été coulée dans le béton pour mettre fin aux profanations et aux tentatives de désacralisation à l’instigation de l’évêque Bourget.

L’Église catholique a refusé de donner un enterrement ecclésiastique à l’imprimeur montréalais Joseph Guibord quand celui-ci est mort en 1869. Il avait été excommunié parce qu’il était membre de l’Institut canadien de Montréal qui faisait la promotion d’ouvrages mis à l’index par l’Église, notamment les ouvrages des encyclopédistes français comme Diderot et Voltaire, les textes qui promouvaient la raison et le sécularisme.

Sous l’autorité de l’évêque de Montréal Ignace Bourget, qui agissait de concert avec la papauté à Rome sous le pape Pie-IX, l’interdiction de l’enterrement faisait partie de l’effort de la caste ecclésiastique ultramontaine pour devenir l’autorité dans les affaires temporelles aussi bien que dans celles de l’Église.

Le 21 novembre 1874, le Comité judiciaire du Conseil privé en Angleterre a statué que Guibord devait être enterré dans le cimetière de Côte-des-Neiges, que l’Église soit d’accord ou pas. Ce jugement a mis fin à la prétention de l’Église au statut d’autorité suprême au Québec en matière d’affaires temporelles.

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