À propos de l’avenir du français au Québec

Alexandre Deschênes —

Dans le porte-à-porte, une dame qui oeuvre dans le milieu littéraire a soulevé que le français est en régression, que l’anglais prend du terrain, même à Gatineau, et qu’elle craint que le français disparaisse un jour. Comment faire pour assurer l’avenir du français, a-t-elle demandé.

Les Patriotes de 1837-1838, par leur lutte contre l’empire britannique, posaient les premiers fondements de ce qui est devenu aujourd’hui la nation québécoise. C’est dans un esprit républicain, en unissant les forces progressistes, sans égard à la langue maternelle ou à l’origine ethnique, qu’ils ont pu tenir tête pendant deux ans au plus puissant empire de l’époque. Dans la déclaration d’indépendance du Bas-Canada, au nom du gouvernement provisoire de 1838, cet esprit de rejet de la division s’y retrouve. D’ailleurs, un article de cette déclaration reconnaissait le français et l’anglais comme langues communes.

Bien sûr, les temps ont changé. Le français est maintenant reconnu comme seule langue officielle du Québec. Alors pourquoi toujours ce sentiment de menace ? Parce que l’anglais prend du terrain ? Ou plutôt parce que le peuple n’a aucun pouvoir décisionnel sur ses affaires ? Est-ce la protection de la langue qui garantit la souveraineté et l’avenir de notre nation ou est-ce la souveraineté de la nation qui protégera l’avenir du français au Québec ? Poser la question c’est y répondre.

Isoler ou pointer une minorité quelle qu’elle soit ne renforcera pas la langue nationale, ne lui permettra pas de rayonner et au contraire l’affaiblira toujours un peu plus. Cela ne nous rapprochera pas non plus de notre souveraineté collective. Les coupures ont même miné l’Office québécois de la langue française, ce qui s’ajoute aux dommages causés à toutes les institutions et à tous les programmes qui favorisent les intérêts du peuple. Ce n’est pas la faute des anglophones ou des immigrants !

La division entre soi-disant « Eux et Nous » ne sert pas le peuple Québécois. Elle ne sert que les riches, la recherche de leur profit, l’accumulation de richesse par une poignée d’individus.

L’apport, l’emprunt, les échanges entre celles et ceux qui ont peuplé le territoire enrichissent le français québécois si diversifié d’aujourd’hui. Une langue vivante est celle qui évolue, qui s’adapte. Ne pensons qu’à ces mots venant de nos frères et soeurs des Premières Nations qui bonifient notre langue.

La menace pour le français ne vient donc pas de l’immigration, pas plus de la minorité anglophone du Québec d’ailleurs. Bien au contraire, la guerre au sujet du nombre maximum d’immigrants que se livrent les partis au pouvoir est ridicule. Pointer du doigt les anglophones pour nos malheurs l’est tout autant. Les isoler court-circuite cet échange nécessaire à la survie de la langue.

Non, le danger est ailleurs. C’est la marchandisation de tout ce que touchent les Crésus modernes. Il faut rejeter l’uniformisation d’une culture de classe qui n’a pas les intérêts du peuple à coeur.

Ce sont chez les oligarques financiers et leurs sbires, les libéraux et maintenant leur saveur du moment, la CAQ, ainsi que les chauvins de toute sorte qui pensent qu’ils bénéficieront de la division du peuple, que se retrouvent les criminels qui nous empêchent d’avancer vers une société où le peuple est au centre du processus décisionnel. Et un peuple qui décide de son avenir ne disparaît pas. Sa langue commune non plus.

Alexandre Deschênes est le candidat du Parti marxiste-léniniste du Québec dans Gatineau.

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