Cesser les compressions, réinvestir en santé et améliorer les conditions de travail pour garder et attirer le personnel

Félix-Olivier Bonneville —

Nous faisons face à un problème organisationnel complexe dans le système de santé parce qu’il affecte toutes les catégories d’emploi, pas juste le personnel infirmier. Il y a une pénurie infirmière, mais aussi, étant donné qu’il y a des compressions, toutes les catégories d’emplois sont affectées [Les catégories d’emploi sont : soins infirmiers, métiers et paratechnique, bureau et professionnels]. Les infirmières se voient obligées d’accomplir des tâches qui n’appartiennent pas au volet infirmer. Pour donner un exemple, si un agent administratif n’est pas remplacé, les infirmières se trouvent à répondre au téléphone, à organiser les rendez-vous, etc. Cela crée un problème de rétention du personnel infirmier et dans les autres types d’emploi. On demande de plus en plus de mobilité au personnel ; la qualité d’emploi recule à un tel point que nos infirmières se font demander des changements d’horaires à deux jours de préavis seulement, ce qui rend la vie impossible en particulier aux mères avec des enfants. Si on veut attirer des gens dans le système de santé il faut offrir des emplois attirants avec de bonnes conditions. Ce n’est pas le cas à cause des compressions et de la réforme de la santé qui a été faite.

Cette réforme a pratiquement éliminé la prise de décision au niveau local. Les décisions proviennent essentiellement du niveau ministériel . Les choses se décident à l’extérieur des milieux de travail. C’est un mode de gestion qui vient compliquer notre vie. La réforme a créé des mégastructures, et on a des demandes de la part des gestionnaires des établissements qui sont les mêmes à travers tout le Québec. On a l’impression que c’est coordonné au niveau ministériel. On demande à du monde sur la Côte-Nord de se déplacer sur de grandes distances. À Montréal et dans les grands centres, les distances sont moins grandes, les déplacements sont moins complexes, mais la directive est la même. C’est un processus de décision qui ne reconnaît pas la spécificité des établissements. Les travailleurs et les travailleuses se font demander des concessions dans plusieurs sphères d’activité, la mobilité, les équipes de relève, etc.

La CSN mène en ce moment la campagne « 15 solutions pour améliorer le système de santé et des services sociaux » de concert avec des organisations qui représentent les patients, les médecins et des gestionnaires. Pendant la campagne électorale, nous faisons valoir que le réseau de la santé étouffe à cause des compressions et des gros changements organisationnels qui ont été faits.

Nous nous battons pour faire cesser les compressions, pour un réinvestissement dans la santé et pour qu’on cesse d’aggraver nos conditions de travail sinon on va perdre de plus en plus de notre main-d’oeuvre.

Félix-Olivier Bonneville est vice-président de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN) et infirmier au CHU Sainte-Justine à Montréal.

(Photo: FSSS-CSN)

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