Mettre fin à la répression de ceux qui se battent pour leurs droits

Richard Goyette —

Il y a un mécanisme qui mène directement à ce que les gens qui se battent pour leurs droits soient traités comme des criminels par l’État. Que ce soit la lutte des étudiants de 2012, la grève dans la construction en 2017 ou la lutte actuelle des grutiers, ceux-ci ne commencent pas par prendre la rue. Ils sont dans une société dite démocratique, ils veulent exister, participer à la démocratie, à des tables de concertation et de négociation. Cela devrait déboucher sur un modèle démocratique, du moins dans la société dans laquelle on vit. Pourtant, la première chose qui est faite, c’est qu’on leur impose un Non ! et on se dépêche de créer un état de crise. Après cela, dans l’état de crise, il y a tout un système qui fonctionne, avec les médias vautours qui tapent sur ceux qui ont des revendications. Ils ne tapent jamais sur les riches. Au contraire les milliardaires deviennent les victimes, ils ont tout un système qui fonctionne pour eux, dont les médias qui d’ailleurs sont entre leurs mains. Sur cette base, on fait monter la tension. Arrivent la répression, les lois spéciales, les amendes, les injonctions.

La Commission de la construction du Québec a 150 plaintes individuelles contre les grutiers qu’elle peut mettre à exécution. Il y a aussi des poursuites possibles contre les directions syndicales, des plaintes pénales qui peuvent mener à l’interdiction d’occuper un poste de représentant syndical pendant cinq ans. Toute une batterie de moyens de répression dans une société qui a l’air égalitaire et qui a des chartes des droits. Dans le cas des grutiers, il ne faut pas oublier que leur revendication a pour unique objet la protection de la santé et de la sécurité physique des travailleurs et des citoyens habitant ou ayant à se déplacer près d’un chantier de construction.

Cette répression donne lieu à un fractionnement social. C’est-à-dire qu’on crée des antagonismes, des groupes pas nécessairement constitués mais créés par les médias, qui prennent alors position contre le groupe qui présente des revendications, sans analyse. On crée des groupes de consommateurs par exemple contre les travailleurs de la construction parce que soi-disant les projets de construction vont coûter plus cher si les travailleurs de la construction font des revendications. On va chercher de la négativité dans ces groupes. On fait face à un contrôle de l’opinion qui mène au fractionnement social. On pénalise les groupes les plus revendicateurs, les travailleurs de la construction, les cols bleus, les étudiants qui sont traités comme des bandits. Il n’y a pas de forums, pas de discussion sur les enjeux.

La Commission de la construction du Québec a déjà été un forum. Des gens aux intérêts divergents et même antagonistes qui s’assoyaient ensemble pour discuter de problèmes et voir ce qu’on pouvait faire pour les résoudre. Maintenant elle a été transformée en une institution policière. Le représentant aux ressources humaines pour le personnel de la CCQ est lui-même un ex-policier. Au lieu de permettre à chacun d’exprimer librement ses opinions, on a créé des codes d’éthique et de déontologie pour limiter la prise de parole et l’encadrer en exigeant que les participants défendent la « boîte », l’institution, au lieu que chacun représente son mandat qui lui a été donné démocratiquement par ses membres et échange franchement avec les autres.

Nous devons créer des forums de discussion et une autre dynamique.

Richard Goyette est avocat en droit social et du travail, ancien directeur général de la FTQ-Construction.

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