Plus que jamais l’action citoyenne est pertinente dans tous nos combats

Robert Bellefleur, porte-parole de la Coalition des citoyens et organismes engagés pour la sécurité ferroviaire (Lac-Mégantic) —

Dans notre travail depuis la tragédie qui nous a frappés à Lac-Mégantic le 6 juillet 2013, nous avons appris que l’action citoyenne n’est pas vaine. Elle est une force vive qu’il faut exercer à toutes les fois que nos intérêts sont lésés. Il ne faut pas hésiter à agir parce que les autorités publiques délaissent souvent le bien-être collectif au profit de plus grosses corporations. On peut faire une différence par rapport aux changements qu’on souhaite amener pour améliorer la situation des citoyens qu’on représente.

Notre cause a bénéficié d’une sympathie mondiale. Cela nous a permis d’avoir une tribune. Mais c’est surtout la constance, la persévérance dans nos interventions, le traitement de l’information que nous avons dû donner de façon pertinente qui ont été importants. Il fallait avoir des messages clairs, rendre le message compréhensible, bien présenter nos revendications.

Cela a quand même pris cinq ans avant de faire aboutir la décision politique d’avoir une voie de contournement.[1] Je pense que les autorités, lorsqu’elles font face à un groupe de citoyens qui manifestent pour quelque chose, tentent de minimiser ou d’étouffer la chose et décourager les citoyens qui veulent s’en prendre à des injustices. Lorsque ces groupes de citoyens maintiennent le cap et persévèrent, il devient plus difficile pour les gouvernements de se cacher la tête dans le sable. Mon message est « Ne lâchez pas ! ».

Par exemple on a un groupe de citoyens à Lac-Mégantic qui sont affectés par le nouveau tracé de la voie de contournement. On a obtenu la voie mais le tracé qui a été retenu met à risque des gens, 44 propriétaires de terrains, d’érablières, de fermes, qui vont être touchés par ce nouveau parcours. En tant que groupe citoyen, nous devons être sensibles à cela car ces gens-là ont des droits. On les appuie. On les invite à persévérer eux aussi. S’il est possible que la voie de contournement se tasse pour éviter de couper une terre en deux, ou de passer à travers une maison, qu’on le fasse ; on souhaite le moins d’impacts possible, on doit trouver une solution acceptable. On voit de plus en plus avec tous les grands projets d’infrastructure, comme le projet de Trans Mountain, que l’acceptabilité citoyenne est devenue un des premiers critères dont les gouvernements doivent tenir compte. Mais on le relègue souvent en dernier lieu, ce facteur-là. On met l’accent sur les questions financières, sur les questions de faisabilité technique. On minimise l’impact de l’acceptation citoyenne. Cela doit être un des premiers enjeux.

Nous n’avons pas réussi encore à amener Transports Canada à changer sa façon d’être au sujet de la sécurité ferroviaire. On est face à cet organisme où c’est vraiment l’Omerta quand il est question de l’information. Nous voulons avoir accès aux rapports d’inspection qui ont été produits suite à la tragédie, mais cela nous est refusé. On tente de les sensibiliser aux dangers, on nous répond que tout est conforme aux exigences et aux normes et aux règlements de la sécurité ferroviaire.

Nous demandons depuis le début une enquête publique indépendante sur notre tragédie, pour éviter que d’autres tragédies se produisent ailleurs. Seule une commission d’enquête publique ferait la lumière et brasserait un peu les structures, forcerait à revoir les façons de faire pour éviter des catastrophes ferroviaires ailleurs. Nous souhaitons qu’une commission publique enquête sur la déréglementation de l’industrie ferroviaire, qui a amené les compagnies à récupérer beaucoup plus de pouvoirs tandis que Transports Canada s’est délesté de ses responsabilités en les faisant assumer directement par les compagnies. Tout le secteur de la sécurité ferroviaire est géré par les compagnies elles-mêmes. Elles sont juge et partie. Une des grandes causes de la détérioration de la sécurité ferroviaire c’est l’autogestion de la sécurité par les compagnies.

Devant l’inertie des gouvernements, force est de constater que c’est l’action citoyenne qui doit être mise en avant-plan pour éviter de nouvelles catastrophes et aussi améliorer l’environnement. Plus que jamais l’action citoyenne est pertinente dans tous les combats.

Note

1. En mai dernier, les gouvernements fédéral et du Québec ont finalement confirmé qu’une voie de contournement, une des revendications de la communauté que les gouvernements avaient d’abord ignorée, sera construite pour que les trains ne passent plus par le centre-ville de Lac-Mégantic. Les communautés ferroviaires affectées par des déraillements de train qui continuent de se produire de façon régulière au Québec, au Canada et aux États-Unis sont inspirées par la détermination qu’a manifestée la communauté de Lac-Mégantic, avec l’appui des gens de partout au Québec, du reste du Canada et de plusieurs pays.

(English)