Travailler ensemble pour renverser la situation dans la santé pour le bien-être de tout le monde

Nathalie Savard, présidente du Syndicat des intervenantes et des intervenants de la santé du Nord-Est québécois (SIISNEQ) —

On pourrait caractériser la situation que nous vivons comme une destruction de notre système de santé dans les régions éloignées. La population de la Côte-Nord et du Nord-du-Québec a beaucoup perdu, surtout les gens qui vivent dans les communautés les plus éloignées. Les plus petits villages ont perdu beaucoup de services. Le personnel qui travaille dans les points de service dans ces régions-là se sent délaissé. Les gens considèrent qu’ils ne donnent pas les soins que la population devrait recevoir.

Ce qu’on a le plus perdu, ce sont les conditions de travail dont dépend l’exercice de la livraison des soins. On vit une pénurie de personnel très forte. C’est difficile d’aller recruter et d’amener des gens dans les conditions dans lesquelles ils doivent travailler. Autant dans le Nord-du-Québec, à la Baie James, qu’au niveau de la Côte-Nord, les conditions n’ont jamais été aussi difficiles pour le personnel, les infirmières, les infirmières auxiliaires et les inhalothérapeutes, qui donnent le service à la population. Comme il y a une pénurie de personnel, les gens sont confrontés aux employeurs qui leur disent qu’il faut donner plus de temps supplémentaire obligatoire, sinon on est en bris de service et la population ne recevra pas les soins requis, et on va être obligé de transporter les gens ailleurs. Dans le Nord-du-Québec, il y a l’exemple de l’obstétrique, où le personnel doit avoir une solide expérience de travail, où on a passé près d’une rupture de services. On a vécu la même chose aux soins critiques à Sept-Îles qui sont presque sur le respirateur. On ressent, et on a ressenti particulièrement fort cet été, l’impact des compressions, des coupures budgétaires imposées par le gouvernement libéral.

On fait une campagne électorale, notamment les libéraux parce que c’est eux qui étaient au pouvoir, en promettant de l’investissement en santé, en éducation, en petite enfance, mais c’est de l’argent qui a été coupé au cours des 4 dernières années, ce qui a fait mal aux services qu’on donne. C’est une insulte à l’intelligence des gens du nord qu’on dise maintenant qu’on va s’occuper de l’éducation ou de la santé. Depuis les sept dernières années en particulier, on a coupé des intervenants dans le milieu, on a coupé directement dans les services à la population. À chaque année on est en déficit. La Loi sur l’équilibre budgétaire fait en sorte que les établissements de santé à la fin de leur année doivent arriver à un déficit zéro. Chaque année on est environ à 5-6 millions $ de déficit, on doit aller récupérer cela sur le budget d’après. On a des déficits récurrents, on est sous-budgétisé.

Au fil des années, pour changer la situation, nos efforts ont porté beaucoup sur la mobilisation de nos membres. La force d’un syndicat ce sont les membres qui le composent. Nous avons 1250 membres et quand on dénonce quelque chose, il faut être les 1250 membres. Nous avons fait beaucoup de dénonciation médiatique pour informer la population de ce qui se passe. Nous avons fait un travail-terrain pour faire respecter nos conventions collectives. Nous avons tenu des rencontres politiques avec les députés pour leur demander de faire de la pression sur le gouvernement. Nous avons fait du travail avec notre centrale la CSQ (Centrale des syndicats du Québec) et notre fédération la FSQ (Fédération de la santé du Québec). Nous avons fait des plaintes de maltraitance organisationelle auprès de différentes autorités. C’était une première au Québec. Il y a une loi en vigueur au Québec depuis un an qui dit que les employeurs doivent se doter d’une politique de lutte contre la maltraitance envers les personnes les plus vulnérables. Nous avons fait valoir que nous sommes d’accord qu’il ne doit pas y avoir de maltraitance mais que nos employeurs, par manque de ressources, par la mauvaise organisation du travail, font en sorte que les soins qu’on donne sont défaillants. Nous parlons de maltraitance organisationnelle, causée par les coupures, le manque de personnel, le personnel qu’on ne remplace pas, la mauvaise organisation du travail. Nous avons tenté d’aller chercher le plus d’alliés possible par des présences et des manifestations lors des réunions des conseils d’administration des établissements.

La population du Québec doit mettre en place un gouvernement qui croit au réseau de santé et d’éducation public, avec des ministres de la Santé et de l’Éducation qui croient dans le réseau public et dans le personnel qui donne des soins et des services. Dans la santé, pour prendre soin des patients, il faut que le personnel qui donne le service soit en santé. Il faut prendre soin du personnel. Il faut investir dans nos services de santé. Nous sommes prêts à travailler pour nous améliorer, mais il faut tous s’en aller dans la même direction. Il faut corriger et renverser la situation, et le correctif il est dans l’organisation du travail et dans le réinvestissement budgétaire dans les établissements de santé. Nous avons un sérieux problème de pénurie de personnel dans notre région, nous devons pouvoir attirer les gens et garder ceux que nous avons présentement.

Nous avons besoin d’un gouvernement qui est à l’écoute et qui va faire que tous ensemble on va être capable de renverser la situation pour le bien-être de tout le monde. Il faut des gens qui s’occupent du système de santé, pas qui prennent des décisions pour être réélus à la prochaine élection. Ça c’est la pire affaire.

Il faut donner au personnel de la santé de bonnes conditions de travail, dans un milieu où c’est possible de faire un travail d’équipe, de travailler ensemble, de se parler, de faire nos plans de soin, autrement dit d’être capables de bien faire le travail pour lequel nous avons reçu une formation.

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