J’appuie mon agriculture, j’appuie ma forêt !

Marcel Groleau, président, Union des producteurs agricoles —

L’agriculture répond à un besoin essentiel : nourrir le monde. Tous les agriculteurs, chaque jour, travaillent pour produire de la nourriture. Tout ce qui se trouve dans nos supermarchés, nos marchés publics et, finalement, nos assiettes vient d’abord de la ferme, de la terre.

Au-delà de cet aspect fondamental, l’agriculture génère des retombées économiques importantes. Sur le 2 % de la superficie du Québec qui est cultivable (eh oui, c’est très peu), quelque 28 000 entreprises agricoles procurent de l’emploi à près de 57 000 personnes. Chaque année, elles investissent près de 550 M $ dans l’économie régionale du Québec. En 2017, le secteur agricole québécois a généré 8,5 G $ de recettes, ce qui en fait la plus importante activité du secteur primaire au Québec et un acteur économique de premier plan, particulièrement dans nos communautés rurales.

Cet apport économique est impressionnant, mais il est fragile. Aussi restreinte soit-elle, la zone agricole est constamment grappillée, principalement par l’étalement urbain. Au Québec ces cinq dernières années, près de 14 000 hectares de nos meilleures terres ont été sacrifiés à d’autres usages que l’agriculture. La protection et la préservation des terres agricoles doivent être des priorités. C’est une question vitale pour les générations futures en raison, notamment, des risques que représente le réchauffement climatique pour la sécurité alimentaire. Un signal clair à ceux qui continuent de considérer nos terres comme une zone en attente de développement est nécessaire.

L’accès aux terres agricoles, surtout pour la relève, est un autre enjeu majeur. Il est inacceptable que des fonds d’investissement puissent concurrencer de façon déloyale les producteurs et leur relève en favorisant la spéculation sur le prix des terres agricoles. Notre garde-manger doit être protégé, et ce, dès maintenant.

Depuis 2005, le secteur agricole demande une révision complète de la fiscalité foncière. L’augmentation très rapide du prix des terres a fait exploser le fardeau fiscal des entreprises agricoles, qui a crû de 9,3 % globalement au Québec en 2016. Selon le ministère de l’Agriculture, cette augmentation était de 9,5 % en 2017 et de 11 % cette année et sera de 10 % l’an prochain. La part des taxes nettes payée par les producteurs était de 35 M $ en 2007 ; elle sera de 122 M $ en 2021. Cette situation menace la rentabilité de nos entreprises.

La protection de l’environnement et de la qualité des eaux est très importante, tant pour les citoyens que les producteurs. Pour répondre à ces attentes sociétales, les pratiques agricoles et forestières ont beaucoup évolué. La réglementation québécoise est l’une des plus sévères et contraignantes au monde. Pour continuer le travail en agroenvironnement, le Québec doit se doter d’un réel plan vert. Il faut investir davantage en recherche et en transfert des connaissances, soutenir la transition vers le biologique et rétribuer les biens et services écologiques rendus par les producteurs agricoles. Il est temps de passer de la réglementation à l’accompagnement des entreprises pour continuer à faire des gains environnementaux.

Au regard des investissements et de la gestion des risques, le futur gouvernement doit émettre des directives claires à La Financière agricole du Québec pour qu’elle actualise ses programmes de gestion des risques. Les changements climatiques et le bien-être animal commandent des investissements importants dans les entreprises agricoles qu’il est très difficile de transférer au marché. Les entreprises des régions périphériques ainsi que les plus petites entreprises ont besoin de programmes adaptés pour investir et se développer.

Le secteur agricole, plus particulièrement horticole, est très sensible à l’augmentation rapide du salaire minimum. Son environnement est hautement compétitif et les aliments importés, produits à moindre coût, sont omniprésents sur nos marchés. Il est très difficile de transférer les hausses rapides du salaire minimum sur le marché. À titre d’exemple, pour ce qui est des fraises et des framboises, la main-d’oeuvre au salaire minimum représente plus de 50 % des coûts de production. L’augmentation rapide du salaire minimum représente un risque élevé pour les entreprises de ce secteur. Nous sommes tous favorables à l’amélioration des conditions des travailleurs à faible revenu, mais il faut des mesures pour accompagner le secteur horticole, qui nécessite un apport important de main-d’oeuvre.

Chaque semaine, nous détaillerons davantage un enjeu prioritaire en précisant le cadre financier qui devrait l’accompagner. J’espère sincèrement que cette démarche aidera chaque formation politique à préciser ses intentions pour l’agriculture et à prendre des engagements concrets.

Les citoyens sont fréquemment déçus par les campagnes électorales, car les enjeux importants sont souvent évincés des discussions. Nous espérons que les questions agricoles et forestières seront abordées durant les élections. On exige beaucoup des producteurs et des productrices. La concurrence est féroce et les marchés sont de plus en plus ouverts. Nous disposons maintenant d’une politique bioalimentaire. Les éléments fondamentaux s’y trouvent. Donnons-lui les moyens de ses ambitions. À une certaine époque, nous disions : pas de nourriture sans agriculture. Cet adage est plus vrai que jamais. Il est temps d’appuyer notre agriculture et notre forêt. Bonne campagne !

(22 août 2018)