Ne touchez pas à l’Amérique latine et aux Caraïbes !

Non à l’intervention étrangère en Haïti ! Core Group, hors d’Haïti !

23 août 2023

Le Core Group sur Haïti, composé de représentants des Nations unies, du Brésil, du Canada, de la France, de l’Allemagne, de l’Espagne, de l’Union européenne, des États-Unis et de l’Organisation des États américains, se prépare à une intervention militaire en Haïti au nom de la lutte contre la « violence des gangs ». Le Core Group est le successeur de l’Initiative d’Ottawa sur Haïti qui a orchestré le coup d’État de 2004 contre le gouvernement démocratiquement élu de Jean-Bertrand Aristide. C’est un groupe autoproclamé et intéressé qui s’est arrogé le droit de dicter au peuple haïtien et de détruire constamment toutes ses tentatives de reprendre le contrôle de ses propres affaires, afin de pouvoir exploiter sans limites les richesses du pays. Si le Core Group envisage une intervention militaire en Haïti, la cible ne peut être que le peuple haïtien lui-même, dont la nation est fondée sur sa lutte héroïque pour exercer son droit d’être libre de toute domination étrangère.

Le journal Métropole HT écrit le 16 août :

« La force multinationale pourrait être déployée à la fin de l’année si tout se passe bien, a déclaré l’ambassadeur du Canada à Port-au-Prince, Sébastien Carrière. Avant il faudra réussir les diverses étapes dans la préparation de la mission.

« Les trois prochaines semaines seront cruciales pour Haïti, ajoute le diplomate évoquant l’effort diplomatique devant être réalisé pour favoriser le déploiement d’une force multinationale en Haïti. Il donne l’assurance que le Canada apportera son appui afin de faciliter l’adoption d’une résolution autorisant le déploiement de la force. Obtenir le mandat du conseil de sécurité de l’ONU n’est pas une mince, affaire », confie Sébastien Carrière.

« Ensuite le Kenya doit évaluer la situation sur le terrain et faire un rapport au Conseil de sécurité. Le Canada est disposé à aider le Kenya dans la coordination de l’aide des divers pays contributeurs. Des experts canadiens à Ottawa, à Santo Domingo et à Port-au-Prince sont déjà impliqués dans la coordination de l’assistance à la PNH. »

Le 15 août, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a soumis au Conseil de sécurité un rapport présentant des « options » que l’ONU devrait envisager pour intensifier l’ingérence étrangère en Haïti au nom de l’assistance à la sécurité. Reuters rapporte que M. Guterres a déclaré que le contexte actuel d’Haïti « n’était pas propice au maintien de la paix » et que l’ordre public devait être rétabli « en dissuadant, en neutralisant et en désarmant les gangs lourdement armés capables d’opposer une forte résistance aux opérations de police antigang ». Pour ce faire, il a déclaré que « rien de moins qu’un recours énergique à la force, complété par une série de mesures non cinétiques, par une force de police multinationale spécialisée, dotée de moyens militaires et coordonnée avec la police nationale » n’était nécessaire. Il a appelé les pays à « agir maintenant » pour contribuer au déploiement d’une telle force et a demandé au Conseil de sécurité de la soutenir.

Le 1er août, deux semaines avant le rapport d’Antonio Guterres, les États-Unis, qui assurent la présidence tournante du Conseil de sécurité de l’ONU ce mois-ci et qui cherchent depuis presqu’un an à rassembler la force que propose le secrétaire général de l’ONU, ont annoncé qu’ils présenteraient une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU autorisant le Kenya à diriger une force de police multinationale pour « combattre les gangs » qui, selon eux, ont pris le contrôle du pays. L’ambassadrice des États-Unis auprès des Nations unies, Linda Thomas-Greenfield, a déclaré : « Nous saluons la décision du Kenya de diriger une force multinationale et nous travaillerons sur une résolution pour soutenir cet effort » et qui « donnera aux Kényans ce dont ils ont besoin pour établir leur présence en Haïti ».

Les forces qui font la promotion d’une intervention craignent que la Russie et/ou la Chine exercent leur droit de veto au Conseil de sécurité pour bloquer la résolution si les États-Unis décident d’en soumettre une. Lors d’une séance d’information du Conseil de sécurité sur Haïti en juillet, le représentant de la Fédération de Russie a notamment déclaré : « La crise systémique en Haïti a été précédée par de nombreuses années d’ingérence extérieure destructrice, à la fois par des interventions directes et par des manipulations politiques. La pratique condamnable qui consiste à imposer à Haïti des modèles politiques étrangers qui ne tiennent pas compte des intérêts politiques nationaux du pays a érodé les fondations fragiles de l’État haïtien […]. » « Nous ne comprenons pas très bien pourquoi, avec un dialogue politique bloqué et une crise de légitimité, sans aucun contrôle sur le trafic d’armes et un plan humanitaire sous-financé, l’idée d’envoyer une force militaire multinationale en Haïti est considérée par certaines parties prenantes comme une solution miracle à tous les problèmes d’Haïti ». L’histoire des interventions extérieures en Haïti montre que les modèles imposés de l’extérieur ne s’enracinent pas dans la société haïtienne. Ils apportent beaucoup plus de problèmes que de bienfaits et ne servent que de couverture pour promouvoir les intérêts d’autres nations. Ce n’est pas un hasard si, aujourd’hui encore, malgré tous les problèmes, des voix s’élèvent en Haïti contre toute forme d’ingérence étrangère. Il est de notre devoir d’écouter ces voix plutôt que d’essayer de les faire taire ou de les ignorer », a ajouté le représentant de la Russie.

Toujours en juillet, le représentant permanent de la Chine auprès des Nations Unies, Zhang Jun, a déclaré : « Nous avons entendu de nombreux discours en faveur de cette force multinationale, mais aucun pays n’a annoncé d’actions concrètes, il semble donc qu’une analyse plus approfondie sera nécessaire avant d’arriver à une proposition viable. » Il a souligné que les Haïtiens doivent décider de leur propre destin.

En cas de blocage au Conseil de sécurité de l’ONU, les États-Unis et le Core Group pourraient tout simplement intervenir sans mandat de l’ONU, tout en déclarant qu’ils sont en faveur d’une action humanitaire et de l’ordre international fondé sur des règles

Le 4 août, le journal Haïti Libre a indiqué que cinq pays ont exprimé leur soutien à une intervention militaire en Haïti, apparemment dirigée par la police kenyane : les États-Unis, le Canada, la Jamaïque, les Bahamas et l’Équateur. Le journal jamaïcain The Gleaner a indiqué le 3 août que les forces de défense jamaïcaines avaient commencé à se préparer pour la mission en Haïti. « Dans l’état actuel des choses, l’engagement de la Jamaïque tient toujours. Nous ne pouvons certainement pas atteindre les 1 000 soldats […] Mais nous donnerons ce que nous pouvons », a déclaré le premier ministre Andrew Holness lors d’une conférence de presse.

La demande d’intervention étrangère auprès de l’ONU est supposée provenir du premier ministre Ariel Henry, une marionnette illégitime installée par les États-Unis que le peuple haïtien tente de destituer depuis des mois avec des manifestations militantes. Le récit que Henry et le Core Group présentent au sujet d’Haïti est que le pays est ravagé par la « violence des gangs » et que la seule solution est d’envoyer une force militaire extérieure pour mettre de l’ordre et aider la police nationale haïtienne. Cette police a toujours été un instrument empêchant le peuple haïtien d’exercer un contrôle sur ses propres affaires et il la déteste.

Le 14 juillet, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté à l’unanimité la résolution 2692 visant à proroger le mandat du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) jusqu’au 15 juillet 2024, pour lequel il est décidé « que le groupe du BINUH chargé des questions touchant à la police et aux services pénitentiaires intégrera jusqu’à 70 civils et agents en détachement, qui exerceront des fonctions de conseillers pour les questions de police et pour les affaires pénitentiaires sous la direction d’un chef de la police civile des Nations Unies, et qu’il intensifiera son appui stratégique et consultatif aux moyens de formation et d’enquête de la Police nationale d’Haïti » et « que le groupe des droits humains du BINUH disposerait d’une capacité particulière de lutte contre la violence sexuelle et fondée sur le genre, notamment des moyens de repérer les conseillers pour la protection des femmes. »

Frantz André, de Solidarité Québec-Haïti, a expliqué l’origine de ces gangs au LML en juillet 2021, peu après l’assassinat du président Jovenel Moïse :

« Il faut saisir que ce qui se passe maintenant en Haïti, depuis la venue de Jovenel Moïse et avant, pendant la présidence de Michel Martelly, c’est une guerre civile par procuration, qui se fait à travers des gangs armés qui se sont fédérés récemment, sous le nom de ‘G9’ , et avec qui Jovenel Moïse avait accepté de dialoguer officiellement, espérant contrôler l’insécurité, mais malheureusement ces gangs ont aussi terrorisé la population, servant l’intérêt de qui les arme et les paie. Les groupes de l’oligarchie haïtienne et de l’élite politique se font la guerre entre eux au moyen de ces gangs armés. Ces groupes sont aussi liés à l’international, notamment au Core Group et c’est avec ce soutien international que ces groupes oligarchiques sont devenus multimillionnaires au fil des décennies. Ils l’ont fait et le font par la corruption, entre autres par le détournement des fonds du programme PetroCaribe du Venezuela, qui devaient servir au financement d’infrastructures publiques et à la mise en place de programmes sociaux.

« Le Core Group qui soutient cette élite mercantile a contribué notamment à ‘sélectionner’ les présidents ou futurs présidents du pays. Cette élite, ainsi que des partis de l’opposition, ont armé et arment différents gangs pour défendre leurs intérêts, tout comme le gouvernement de Jovenel Moise a lui aussi armé des gangs […] »

L’Associated Press indique que 1 000 policiers kenyans pourraient être déployés en Haïti. L’agence de presse souligne que la police kenyane est depuis « longtemps accusée par les organismes de surveillance des droits de meurtres et de torture, notamment d’avoir abattu des civils pendant le couvre-feu COVID-19 au Kenya. Un groupe local a confirmé que des policiers avaient abattu plus de 30 personnes en juillet, toutes dans les quartiers les plus pauvres du Kenya, lors de manifestations appelées par l’opposition contre la hausse du coût de la vie ».

Alors qu’historiquement, les peuples d’Amérique latine et des Caraïbes ont toujours été solidaires du peuple haïtien et de sa lutte pour l’indépendance, et vice versa, la Communauté des Caraïbes (CARICOM) a été soumise à une pression intense et implacable pour diviser ses rangs au sujet d’Haïti. A.T. Freeman, écrivant pour la Caribbean Organization for Peoples Empowerment (COPE) le 9 juillet, a expliqué :

« Réuni à Trinité-et-Tobago, du 3 au 5 juillet, pour sa 45e conférence des chefs de gouvernement, qui marquait également le 50e anniversaire de l’organisation, le CARICOM a abandonné son opposition de plusieurs mois à l’assaut militaire des États-Unis contre son État membre et a publié une déclaration en faveur de la ‘création immédiate d’un corridor de stabilisation humanitaire et sécuritaire sous le mandat d’une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies (CSNU), et a convenu de rechercher le soutien de partenaires internationaux pour aider à financer sa mise en place et le renforcement de la sécurité en Haïti’.

« Ce changement d’avis de la CARICOM a sans doute été influencé par la présence non seulement d’une délégation bipartisane du Congrès américain dirigée par le démocrate Hakeem Jeffries, mais également par celle d’Antony Blinken, secrétaire d’État des États-Unis.

« Le lendemain de la réunion de la CARICOM, le 6 juillet, la séance d’information du Conseil de sécurité des Nations Unies sur Haïti a montré clairement ce que le corridor de stabilisation humanitaire et de sécurité signifierait réellement pour le peuple haïtien. Maria Isabel Salvador, représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies et chef du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), a lancé un appel à l’envoi en Haïti d’une ‘force internationale robuste’. Cet appel fait écho à celui de son patron, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, qui mène depuis quelque temps une campagne active en faveur de l’attaque militaire américaine.

« Pour confondre l’opinion publique et dissimuler leurs véritables objectifs en Haïti, les États-Unis et leurs partisans ont mis au point une propagande mensongère qui prétend qu’ils veulent attaquer militairement Haïti pour ‘aider le peuple haïtien qui souffre terriblement aux mains de gangs criminels’. Cette justification est vieille comme le monde et a été utilisée pendant des siècles par les puissances esclavagistes et coloniales qui ont toujours présenté leurs attaques criminelles contre les autres comme une bonne action de l’attaquant pour l’attaqué. Nous avons parcouru des milliers de kilomètres pour arriver dans votre pays, nous vous avons tué, nous avons volé votre terre sous la menace d’une arme et nous nous sommes emparés de toutes vos ressources, mais nous voulons que vous compreniez que nous l’avons fait par souci humanitaire pour vous. C’est l’essence même du récit raciste de la ‘mission civilisatrice de l’homme blanc’ que les États-Unis colportent pour justifier leur attaque contre Haïti. Il n’a aucune crédibilité mais, malheureusement, le CARICOM y a adhéré. »

Alors que les États-Unis font pression sur d’autres pays pour qu’ils participent aux plans d’une nouvelle intervention militaire en Haïti, le Canada est totalement impliqué dans les crimes perpétrés contre le peuple haïtien au cours des 20 dernières années. Il ne fait aucun doute que les idéaux les plus élevés seront invoqués pour expliquer pourquoi le Canada doit soutenir et participer à l’intervention prévue en Haïti. Cela ne doit pas passer ! Les Canadiens et les Québécois rejettent le rôle néfaste du Canada en Haïti et veulent que le Canada soit une zone de paix, en accord avec les efforts des peuples d’Amérique latine et des Caraïbes qui veulent la même chose pour leur région.


Christian Legeais, agent officiel du parti marxiste léniniste du Québec
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