Ne touchez pas au Niger!

Non à l’ingérence étrangère dans les affaires du Niger et de son peuple ! États-Unis, France et Union européenne, hors d’Afrique!

16 août 2023

Le 26 juillet, le général Abdourahmane Tchiani, ancien chef de la garde présidentielle nigérienne, et d’autres membres des forces armées nigériennes ont déposé le président Mohamed Bazoum et se sont emparés du pouvoir. Le général Tchiani a déclaré qu’il voulait éviter « la disparition progressive et inévitable » du Niger. Les putschistes ont depuis organisé le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP).

La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), un groupe régional de 15 pays, présentement présidée par le président du Nigeria Bola Tinubu, a menacé d’intervenir militairement le 6 août si Mohamed Bazoum n’était pas libéré et rétabli dans ses fonctions avant cette date, mais le délai est passé sans que rien ne se passe et les membres de la CEDEAO ne sont pas unanimement en faveur d’une action militaire. Le Sénégal, le Mali et le Burkina-Faso ont déclaré qu’ils étaient fermement opposés à toute intervention militaire au Niger. Même le sénat nigérian s’est opposé à une intervention militaire et a invité la CEDEAO à « renforcer les options politiques et diplomatiques » pour faire face à la situation. La constitution nigériane exige l’approbation du Sénat avant tout déploiement de troupes à l’extérieur ou à l’intérieur du pays, sauf si le président estime que la sécurité nationale est menacée. Le sommet de la CEDEAO qui devait se tenir à Accra, au Ghana, le 10 août et qui devait examiner les « meilleures options » pour une intervention militaire a été reporté sine die, soi-disant pour des raisons techniques.

Le Niger est un pays enclavé d’Afrique de l’Ouest, bordé par la Libye au nord-est, le Tchad à l’est, le Nigeria au sud, le Bénin et le Burkina Faso au sud-ouest, le Mali à l’ouest et l’Algérie au nord-ouest. Il est considéré comme la porte d’entrée du Sahel, une région de 5 900 kilomètres de long qui s’étend de l’océan Atlantique à la mer Rouge et couvre en partie le nord du Sénégal, le sud de la Mauritanie, le centre du Mali, le nord du Burkina Faso, l’extrême sud de l’Algérie, le sud du Niger, l’extrême nord du Nigeria, du Cameroun et de la République centrafricaine, le centre du Tchad, le centre et le sud du Soudan, l’extrême nord du Sud-Soudan, de l’Érythrée et de l’extrême nord de l’Éthiopie. Le Sahel occidental, y compris le Niger, a été colonisé par la France à la fin du XIXe siècle, puis décolonisé en 1960. Le Sahel oriental a été annexé par l’Égypte en 1820, avant de passer sous contrôle britannique dans le cadre du Sultanat d’Égypte en 1914.

Le Niger produit 7 % de l’offre mondiale d’uranium, extrait principalement par des sociétés minières françaises qui exploitent l’uranium au Niger depuis 1957. La société canadienne GoviEx Uranium détient 80 % des intérêts miniers dans le projet Madaouela au Niger. Alors que les multinationales étrangères pillent les richesses du Niger, la population a l’un des niveaux de vie les plus bas au monde et le revenu par habitant est inférieur à 600 dollars américains par an.

Le gouvernement de Mohamed Bazoum était connu pour sa collaboration étroite avec les armées des États-Unis et de l’ancienne puissance coloniale, la France. Le département d’État américain a décrit le Niger comme « important en tant que pivot pour la stabilité au Sahel » et comme « partenaire fiable dans la lutte contre le terrorisme » et divers groupes islamistes. Les États-Unis et la France disposent de bases aériennes à Niamey, la capitale du pays. Selon Reuters, « la France a entre 1 000 et 1 500 soldats au Niger, avec le soutien de drones et d’avions de guerre ». Le CNSP a notamment révoqué cinq accords de coopération militaire et suspendu la diffusion des chaînes d’information internationales françaises France 24 et RFI. Le ministère français des Affaires étrangères a déclaré que Mohamed Bazoum était le seul dirigeant du pays, ajoutant que la France « ne reconnait pas les autorités issues du putsch mené par le général Tchiani » et que « nous réitérons dans les termes les plus fermes les demandes claires de la communauté internationale appelant à la restauration sans délai de l’ordre constitutionnel et du pouvoir civil démocratiquement élu au Niger ». La France a mené des opérations militaires dans toute l’Afrique de l’Ouest au cours de la période récente.

En ce qui concerne les États-Unis, « il y a environ 1 100 soldats américains au Niger, où l’armée américaine opère à partir de deux bases. En 2017, le gouvernement du Niger a approuvé l’utilisation de drones américains armés pour cibler les militants », informe Reuters. « L’ambassade américaine à Niamey en 2021 a déclaré que le Pentagone et le département d’État avaient fourni au Niger plus de 500 millions de dollars en équipement et en formation depuis 2012 », ajoute l’agence. Les États-Unis s’opposent au coup d’État uniquement parce qu’il ne sert pas leurs intérêts, mais ne l’ont pas qualifié de coup d’État, car selon la législation américaine, cela les obligerait à cesser leur assistance militaire et économique, et les États-Unis ne veulent pas renoncer à la position stratégique de leurs troupes et de leurs bases au Niger. En 2020, une carte du commandement américain en Afrique (AFRICOM) indiquait que les États-Unis disposaient de 29 bases militaires sur le continent.

Victoria Nuland, sous-secrétaire d’État des États-Unis par intérim – qui a orchestré le coup d’État de 2014 en Ukraine à l’origine des événements qui ont conduit à l’actuelle guerre par procuration des États-Unis et de l’OTAN en Ukraine – est à Niamey, en pourparlers avec les dirigeants du coup d’État. Victoria Nuland a déclaré que « s’il y a un désir de la part des responsables de revenir à l’ordre constitutionnel », les États-Unis offrent leur « aide ».

Le ministère italien de la Défense indique que quelque 300 soldats italiens se trouvent au Niger. L’Union européenne « dispose de 50 à 100 soldats pour une mission de formation militaire de trois ans qu’elle a mise en place au Niger en décembre afin d’aider le pays à améliorer sa logistique et ses infrastructures ». L’Allemagne a déclaré en avril qu’elle déploierait jusqu’à 60 soldats dans le cadre de cette mission.

Pour sa part, le gouvernement libéral de Justin Trudeau a déclaré dans un communiqué daté du 1er août : « Le Canada salue le leadership des chefs de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest [CEDEAO] et les décisions qu’ils ont prises lors de leur sommet tenu le dimanche 30 juillet, lequel visait à rétablir l’ordre constitutionnel au Niger. Le Canada réitère que le président Mohamed Bazoum, sa famille et les membres du gouvernement démocratiquement élu qui sont détenus doivent être libérés immédiatement. Nous appuyons également l’appel de la CEDEAO exigeant la réintégration du président Bazoum dans ses fonctions de chef d’État dans le délai prescrit par l’organisation régionale.

« Le Canada condamne la tentative de coup d’État, laquelle menace la stabilité du Niger et de la région. La prise du pouvoir par la force par des éléments des forces de défense et de sécurité compromet les efforts de paix, de stabilisation et de développement entrepris par le gouvernement démocratiquement élu. Le Canada est déterminé à appuyer la démocratie, la gouvernance inclusive et l’état de droit.

« Nous exprimons notre plus profonde solidarité au peuple nigérien qui est confronté à cette crise. »

Le 5 août, une autre déclaration d’Affaires mondiales a indiqué que le Canada suspendait l’aide au développement du gouvernement du Niger. « Dans le contexte actuel, il serait impossible de maintenir le soutien direct au gouvernement du Niger tout en garantissant l’utilisation des sommes aux fins prévues et de manière efficace. Depuis octobre 2020, le Canada a un programme bilatéral de coopération au développement avec le Niger, qui devait atteindre un budget annuel de 10 millions de dollars d’ici 2026. Le programme a versé 2,71 millions de dollars en 2021-2022. »

Un rassemblement a eu lieu à Niamey le 6 août, auquel ont participé 30 000 personnes, pour soutenir le CNSP. Prenant la parole, le général Mohamed Toumba, l’un des dirigeants du CNSP, a dénoncé ceux qui, « tapis dans l’ombre », « complotent la subversion » contre « la marche en avant du Niger ». « Nous sommes au courant de leur plan machiavélique », a déclaré Mohamed Toumba.

Les multiples déclarations et les rapports des médias ne mentionnent pas que la déstabilisation et l’augmentation de l’activité terroriste au Sahel sont le résultat direct de l’intervention illégale de l’OTAN en Libye en 2011 pour déposer Mouammar Kadhafi. Alors que ses avions à réaction bombardaient la Libye depuis le ciel, l’OTAN déversait des armes sur le terrain pour fomenter une guerre civile. Ces armes et les groupes armés par l’OTAN en 2011 ont ensuite déstabilisé le Sahel, justifiant ainsi de nouvelles interventions étrangères au nom de la « stabilité ». Sans parler du fait que la condamnation par le Canada des récents événements au Niger sonne creux quand on connaît le rôle criminel qu’il a joué dans l’orchestration du coup d’État de connivence avec la France et les États-Unis pour renverser le président démocratiquement élu d’Haïti Jean-Bertrand Aristide, causant une violence, une anarchie et un chaos qui perdurent à ce jour, et quand on sait que le Canada a participé au bombardement criminel de la Libye et au renversement de son gouvernement sous les auspices de l’OTAN.

L’intervention militaire constituerait un développement dangereux pour le Niger et l’Afrique dans son ensemble, et il faut s’y opposer.

Christian Legeais, agent officiel du parti marxiste léniniste du Québec
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