Les résultats des élections au Québec De grandes batailles nous attendent

André Racicot* 

Le premier constat que je tire de l'élection du 3 octobre est que présentement au Québec la démocratie est malade. Par exemple, le Parti libéral a reçu moins de votes de la population que le Parti québécois mais c'est quand même lui qui forme l'opposition officielle. En ce qui concerne le Parti conservateur du Québec, qui n'est pas un parti que j'aime beaucoup, mais il a obtenu presqu'autant de votes que le Parti libéral et pourtant il n'a aucun siège. Son chef n'aura même pas le droit de prendre la parole à l'Assemblée nationale. Les gens qui ont voté pour lui se sentiront très frustrés de ne même pas pouvoir l'entendre poser des questions. C'est une entorse à la démocratie.

La Coalition avenir Québec (CAQ) avait proposé en 2018 une révision du mode de scrutin, mais quand ils ont été élus, ils ont dit que ce n'était plus une priorité, que les électeurs avaient autre chose en tête. La démocratie que nous avons présentement, avec le mode de scrutin actuel, c'est en réalité une entrave à la démocratie. Il va falloir revoir ce mode de scrutin-là.

Côté économique, avec la CAQ et les modifications qu'ils ont faites, je crains qu'avec leur grande majorité de sièges, les amis du parti qui ont mis de l'argent dans la caisse électorale vont être récompensés. Prenons la question du passage du système de santé au privé. On voit que l'ouverture du gouvernement est d'aller de plus en plus vers le privé, au lieu de satisfaire aux demandes des travailleurs et des travailleuses qui oeuvrent dans le service public. Dans les hôpitaux c'est ce qui se passe. Dans l'enseignement c'est la même chose. Le système public est malade et il n'y a personne au gouvernement de la CAQ qui va trouver des solutions pour les problèmes parce que leur optique c'est d'aller toujours plus vers le privé. Le gouvernement essaie de nous faire accepter ça en disant par exemple que les Québécois n'auront rien à payer dans les hôpitaux privés, qu'ils vont pouvoir utiliser leur carte d'assurance-maladie. En fait, si on laisse passer ça, avant longtemps, ce n'est pas la carte d'assurance-maladie qu'on va utiliser pour payer, c'est la carte de crédit. J'ai vu comment ça se passe aux États-Unis, quand je suis allé à Pittsburgh pour mon travail avec les Métallos. Des travailleurs m'ont dit qu'on doit continuer de se battre au Québec et au Canada pour un système de santé universel payé au public, ne pas le laisser au privé, parce qu'aux États-Unis il y a plus de 22 millions de personnes qui n'ont aucune assurance pour les soins médicaux. Une des principales causes des faillites personnelles aux États-Unis c'est le système de santé, le fait que les gens n'ont pas d'assurance ou alors sont aux prises avec une assurance privée.

Un autre sujet de grande préoccupation, ce sont les reculs majeurs dans la nouvelle loi sur la santé et sécurité au travail qui a été adoptée en 2021 et qui entre en vigueur par étapes. Une des principales mesures de la loi, c'est de forcer le retour au travail des travailleurs blessés ou malades avant que leur situation soit consolidée. Cela veut dire que si l'agent de la CNESST (Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail) pense que la date de la consolidation est dans 4 semaines disons, alors après 4 semaines le travailleur doit retourner au travail même si le papier médical du médecin traitant dit qu'il n'est pas prêt à y retourner, qu'il n'est pas rétabli. On évalue que les changements qui ont été faits dans la loi vont sauver plus de 3 milliards de dollars aux employeurs.

Là où ça va faire très mal aussi, c'est que c'est dorénavant l'entreprise qui va décider qui est le médecin responsable du programme de santé de l'établissement. Avant ce changement récent dans la loi, le médecin était choisi par le comité de santé-sécurité de l'établissement. Nous avions fait beaucoup de travail là-dessus dans le passé pour remplacer les médecins, nommés autrefois par l'entreprise pour gérer les programmes de santé, par les médecins du CLSC (Centres locaux de services communautaires) sur lesquels les employeurs n'ont pas d'emprise. Ils n'étaient pas redevables à l'employeur en ce qui concerne le programme de santé des établissements. Ce pouvoir du comité de santé-sécurité a été inscrit dans la loi, mais avec ce qui s'en vient, le comité de santé-sécurité a perdu ce pouvoir là. Dorénavant, aussi, les programmes de prévention seront à la discrétion de l'employeur. Cela va avoir un impact direct sur la prévention des accidents de travail.

Dans le secteur minier, on avait beaucoup diminué les accidents de travail, on avait les moyens d'intervenir qui étaient reconnus par la loi.

Ce sont des batailles que nous devons maintenant mener à nouveau.

*André Racicot est un travailleur minier de l'Abitibi à la retraite.

Christian Legeais, agent officiel du Parti marxiste-léniniste du Québec