La crise de légitimité de Joe Biden s'aggrave malgré la «trêve temporaire»

– Kathleen Chandler –

30 novembre 2023

Avec le soutien et le financement qu'ils apportent au génocide sioniste en Palestine, les États-Unis et l'administration Biden ont du mal à maintenir leur légitimité en tant que la voix des droits humains et de la démocratie. Leurs tentatives d'utiliser l'argument du « terrorisme palestinien » pour justifier l'horrible carnage et détourner l'attention des crimes américains et israéliens ne marchent pas. Le 20 novembre, le porte-parole de la Maison-Blanche, John Kirby, s'est fait demander ce qu'il pensait du sobriquet « Genocide Joe » qu'on voit apparaître dans les manifestations à cause du soutien inconditionnel de Joe Biden à Israël. Le représentant du Conseil national de sécurité a répondu : « Israël n'essaie pas de rayer le peuple palestinien de la carte. Israël n'essaie pas de rayer Gaza de la carte. Israël essaie de se défendre contre une menace terroriste génocidaire. Alors si nous commençons à utiliser ce mot, très bien, mais utilisons-le comme il faut. » Aveuglés par leur arrogance et leur chauvinisme, les États-Unis nient le génocide palestinien dont le monde entier est témoin.

Dans son discours du 19 novembre, dans lequel il demandait des dizaines de milliards de dollars supplémentaires pour financer la guerre en Israël et en Ukraine, Joe Biden a tenté à plusieurs reprises de confondre la résistance palestinienne avec le terrorisme. Cela fait partie de la désinformation et de la fraude américaines qui affirment qu'un peuple occupé, que ce soit en Palestine, à Porto Rico ou ailleurs, n'a pas le droit de résister. En fait, ce droit est reconnu par les peuples du monde et le droit international qui ont depuis longtemps établi que l'occupation et le colonialisme sont des crimes.

Joe Biden a déclaré : « Il est impératif qu'aucune menace terroriste ne provienne plus jamais de Gaza ou de la Cisjordanie » et « Gaza ne doit plus jamais servir de plateforme au terrorisme. » Ces déclarations servent directement à justifier les efforts d'Israël pour « anéantir » le Hamas et toute la bande de Gaza. Tout en affirmant que « la voix du peuple palestinien et ses aspirations doivent être au centre de la gouvernance d'après-crise à Gaza », le président a dit : « Une issue qui laisserait le Hamas contrôler la bande de Gaza perpétuerait une fois de plus sa haine et priverait les civils palestiniens de la possibilité de construire quelque chose de meilleur pour eux-mêmes. »

Les Palestiniens doivent pouvoir s'exprimer, mais seulement s'ils acceptent ce que disent les États-Unis. Les États-Unis déclarent que le Hamas est terroriste et, comme l'a dit George W. Bush, « Soit vous êtes avec nous, soit vous êtes avec les terroristes », ce qui signifie que les États-Unis décident qui est terroriste et qui ne l'est pas et que « les menaces terroristes ne peuvent plus jamais provenir » de Gaza ou de la Cisjordanie. Cette accusation de terrorisme et de soutien au terrorisme s'étend également aux nombreuses organisations et personnes qui soutiennent la Palestine, et sert d'argument pour les bannir, les punir et les criminaliser davantage.

Les crimes, le génocide et le terrorisme à grande échelle d'Israël peuvent évidemment continuer. Israël a déclenché certains des pires bombardements contre les Palestiniens quelques heures avant le début de la trêve. Aucune condamnation de la part des États-Unis, aucune obligation pour Israël de rendre des comptes, aucun arrêt de l'aide à Israël comme cela est demandé aux États-Unis et dans le monde entier. Israël dépend fortement des armes et de la technologie fournies par les États-Unis, notamment des centaines de véhicules blindés de transport de troupes M-113A, environ 350 pièces d'artillerie, un grand nombre d'avions de transport et d'hélicoptères, des kits des missiles guidés par laser et tout l'inventaire des avions de combat de l'armée de l'air israélienne, y compris des F-15 et des F-16 et deux escadrons de F-35 de la génération actuelle. S'il le veut, Joe Biden peut recourir à des décrets pour stopper les livraisons et refuser tout financement supplémentaire, mais il ne le fait pas. Il peut proposer et faire appliquer une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies en faveur d'un cessez-le-feu, mais il ne le fait pas.

Au lieu de cela, le président américain demande plus d'argent et répète des mensonges déjà exposés comme tels, comme le fait que le Hamas décapite des bébés et viole des femmes, que les hôpitaux sont utilisés comme quartiers généraux militaires – le tout sans aucune preuve ou avec des preuves faussées. Il semble oublier ce dont se souvient très bien le peuple américain, à savoir que la « guerre contre le terrorisme » était une guerre menée par les États-Unis contre les peuples et qu'elle a aggravé les problèmes en Irak, en Afghanistan et ailleurs. Les allégations d'armes de destruction massive et de crimes commis par les Irakiens n'étaient que mensonges et désinformation. Rien ne peut justifier le génocide et les crimes de guerre.

Ayant du mal à échapper à la condamnation du génocide américain qui telle qu'exprimée sur les pancartes et dans les slogans lors des grandes manifestations, Joe Biden a tenté de se rabattre sur le chauvinisme en disant que ce qui importe dans cette situation, ce sont les vies américaines. Le 21 novembre, il a publié une déclaration concernant la « trêve temporaire », en vertu de laquelle Israël est censé cesser toute activité militaire pendant quatre jours et durant laquelle le carburant, la nourriture, des fournitures médicales et d'autres formes d'aide humanitaire doivent pouvoir être acheminés dans toutes les parties de Gaza. Environ 150 femmes et enfants emprisonnés en Israël doivent être libérés et le Hamas doit libérer une cinquantaine de personnes. Joe Biden ne dit pas pourquoi tant d'enfants sont incarcérés en Israël, peut-être pour détourner l'attention de la réalité de l'incarcération massive et de l'emprisonnement d'enfants aux États-Unis. Il a dit : « Je me félicite de l'accord visant à obtenir la libération des otages pris par le groupe terroriste Hamas lors de son assaut brutal contre Israël le 7 octobre. »

Le président américain parle de l'importance de la libération des captifs américains, mais ne dit rien des bombardements horribles et continus des hôpitaux, des écoles et des camps de réfugiés palestiniens, ni des nombreux Américains d'origine palestinienne dont les familles sont massacrées chaque jour à Gaza. Il ne peut pas non plus expliquer comment une organisation « terroriste » a réussi à fournir autant d'hôpitaux, d'installations médicales et d'écoles dans des conditions de siège depuis dix ans.

Le Hamas est une organisation politique qui gouverne la bande de Gaza, entretient des relations avec les Nations unies et d'autres agences internationales et, dans le cadre de la Résistance unifiée, mène une bataille pour les droits des Palestiniens.

L'échec du gouvernement américain est également évident. Dans une situation de génocide et de crimes de guerre incessants, de dysfonctionnement gouvernemental, de problèmes de pauvreté, de faim, d'inégalité croissante et d'attaques contre les droits au pays et à l'étranger, Joe Biden déclare : « Je n'ai pas de plus grande priorité que d'assurer la sécurité des Américains retenus en otage dans le monde entier. » Il tente également de s'attribuer le mérite de la trêve temporaire quand il dit qu'elle « témoigne de la diplomatie infatigable et de la détermination de nombreuses personnes dévouées au sein du gouvernement des États-Unis à ramener les Américains à la maison ».

Le mouvement antiguerre et propalestinien aux États-Unis rejette depuis longtemps l'idée que seules les vies américaines comptent. En témoignent les nombreuses banderoles énumérant les noms des enfants palestiniens massacrés, dont le nombre s'élève aujourd'hui à plus de 5 000. L'accent mis sur le soutien à la résistance palestinienne et sur l'arrêt de toute aide américaine en est la preuve. Le slogan « Nous sommes tous Palestiniens », très répandu, montre également que les Américaines et les Américains s'unissent dans l'humanité pour soutenir la Palestine. De même, la manoeuvre de Joe Biden qui consiste à dire que le financement de la guerre fournit des emplois est également rejetée, car les travailleurs apportent leur organisation, leur discipline et leur détermination à de nombreuses actions en soutien à la Palestine.

Joe Biden est également confronté à une situation où le diktat américain est remis en question par le peuple américain et par les peuples dans le monde entier, tout comme sont remises en question les valeurs américaines qui servent à justifier le génocide et les crimes de guerre au nom de la lutte au terrorisme. La mémoire des peuples n'est pas si courte, qu'il s'agisse des mensonges concernant les armes de destruction massive ou de ceux utilisés pour justifier l'esclavage des Africains, les massacres des peuples autochtones ou la colonisation de Porto Rico – tout cela au nom de la lutte contre le « terrorisme » et de la préservation des « vies américaines ».

De plus, le président américain est confronté à une dure réalité : les pays arabes tendent la main à la Chine et les pays du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud et autres pays invités à les rejoindre) discutent de la situation et appellent à un cessez-le-feu. Le moment choisi pour la trêve et pour prétendre agir de manière responsable n'est probablement pas une coïncidence, car au moins un des facteurs à considérer est que le président américain veut regagner de la crédibilité face aux positions de la Russie, de la Chine, des pays arabes et de l'Iran.

Tout cela met en lumière la question urgente à laquelle sont confrontés les peuples du monde, à savoir comment briser la mainmise des États-Unis sur les relations internationales et bloquer le génocide des États-Unis et d'Israël, comme ils s'efforcent de le faire.

Les résolutions de l'ONU, même les résolutions minimales du Conseil de sécurité de l'ONU, et le droit international ne sont pas exécutoires, mais ils ont l'effet décisif de montrer à quel point les États-Unis, Israël et leurs partisans sont isolés. Il est essentiel de démocratiser l'ONU, de s'organiser pour donner de l'autorité et des pouvoirs d'exécution à l'Assemblée générale de l'ONU et d'intensifier la résistance organisée partout. Ce sont les peuples et leur résistance qui sont décisifs, comme le montrent la Palestine héroïque. Nous ouvrons une voie vers l'avant en continuant de dire haut et fort que ce génocide américano-israélien n'est pas en notre nom et en discutant du besoin d'institutions qui sont en notre nom, qui investissent le peuple du pouvoir de décider.


Christian Legeais, agent officiel du parti marxiste léniniste du Québec
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