Assermentation du Conseil des ministres : rhétorique et menaces

Le Conseil des ministres du nouveau gouvernement du Québec a été assermenté hier le 18 octobre. Les médias monopolisés et les experts ont parlé d’un vent nouveau qui soufflerait sur le Québec parce que le Conseil composé de 26 ministres est paritaire, 13 hommes et 13 femmes, que de jeunes députés sont devenus ministres et que seulement deux des nouveaux ministres ont une expérience ministérielle. En fait de vent nouveau, les ministres des Finances et de l’Économie et le président du Conseil du trésor sont des banquiers et des financiers et le ministre du Travail a été le négociateur patronal d’un des plus longs conflits ouvriers de l’histoire récente du Québec, la grève de trois ans à l’entreprise aéronautique Delastek en Mauricie. Ils ont la politique de payer les riches et l’offensive antisociale écrites partout sur leur parcours.

La bassesse totale de la campagne électorale est oubliée ; le fait que le gouvernement Legault a remporté une « majorité éclatante » avec 37,4 % des suffrages exprimés, ce qui représente moins de 25 % des électeurs inscrits, est lui aussi oublié. Chantier politique croit sincèrement que la crise de légitimité et de crédibilité du processus politique et électoral ne va pas disparaître avec de la rhétorique ronflante.

Le premier ministre François Legault a repris sa rhétorique selon laquelle il est le gouvernement de « tous les Québécois ». Suite à l’assermentation du Conseil des ministres, il a dit : « Aujourd’hui, nous ne formons pas le gouvernement de la CAQ. Aujourd’hui, nous formons le gouvernement des Québécois. De tous les Québécois. Peu importe leur allégeance politique, nous allons travailler pour tous les Québécois. Et je tiens à rassurer les gens de la Gaspésie, de la Côte-Nord ou de l’Ouest de Montréal : nous ne vous oublierons pas. Nous formons aussi votre gouvernement ».

Puis, revenant sur son projet de présenter un projet de loi d’ici les Fêtes interdisant le port de signes dits religieux aux personnes considérées en position d’autorité, il a dit : « Il faudra avoir l’adhésion à nos changements de la plus grande partie de la population. On ne fera jamais l’unanimité. D’ailleurs, il est hors de question de reculer devant des groupes de pression ou devant les secousses, les premières petites secousses ».

Qui sont ces « groupes de pression » que le premier ministre rassemble en une catégorie informe, sans personnalité humaine, pour créer l’impression que ce sont quelques fauteurs de troubles qui nuisent au Québec mythique que le gouvernement Legault dit représenter. Doit-on comprendre qu’ils ne font pas partie de « tous les Québécois » ?

Même chose pour les fonctionnaires dont le gouvernement Legault veut éliminer les postes et auxquels le premier ministre a rappelé dans son discours qu’ils doivent participer à « changer les habitudes et les attitudes » dans la fonction publique. Correspondent-ils à la définition de « tous les Québécois » que donne le premier ministre en invoquant sa majorité et son « mandat clair » ?

Le corps politique a besoin d’institutions et d’arrangements qui permettent de régler les conflits entre individus, ou entre individus et collectifs, et d’harmoniser les intérêts individuels et collectifs avec les intérêts généraux de la société.

La rhétorique ronflante, le dénigrement et la criminalisation ne vont pas régler les problèmes. Ils vont seulement les aggraver.

(English)