Les arguments non fondés du premier ministre

Pierre Chénier —

Deux jours après avoir formé un gouvernement « majoritaire » avec 37,4 % des suffrages exprimés, ce qui représente moins de 25 % des électeurs inscrits, le gouvernement Legault a déclaré avoir le mandat d’interdire le port de signes religieux aux personnes en position d’autorité. Par personnes en position d’autorité, il entend les policiers, les procureurs de la couronne, les juges et les gardiens de prison et les enseignants.

Non seulement le premier ministre Legault déclare-t-il avoir obtenu le mandat de procéder de la sorte, mais il dit que cela correspond à un « consensus » qui existerait parmi les Québécois d’en finir avec le port de signes religieux qui causerait un malaise lors de la prestation des services publics.

Selon le premier ministre, ces employés de l’État seront déplacés vers du travail de bureau s’ils refusent de se dépouiller de ce que le gouvernement appelle leurs signes religieux et, s’ils refusent d’être déplacés de la sorte, ils seront congédiés. Le premier ministre a ajouté qu’il est prêt à invoquer la clause de dérogation qui est l’article 33 de la Charte canadienne des droits et libertés, laquelle fait partie de la Constitution canadienne, pour protéger son éventuelle loi des contestations juridiques.

Le premier ministre ignore et rejette les grands exemples de solidarité sociale donnés par tous les Québécois envers les minorités religieuses et autres. Un des exemples les plus éloquents s’est produit lorsque des personnes ont été tuées et blessées lors de la tuerie à la mosquée de Québec le 29 janvier 2017. Les Québécois, toutes origines confondues, ont exprimé en masse leur appui à la communauté attaquée dans de grands rassemblements à l’échelle du Québec et se sont opposés à toute violence et discrimination contre elle.

Dire que son gouvernement sait ce que pensent les Québécois est sans fondement. Le recours à la politique de diviser pour régner des Britanniques et de n’importe quel voyou opportuniste, pour détourner l’attention du peuple des vrais défis auxquels la société fait face, ne va pas réussir.

Le gouvernement Legault ne représente pas les Québécois quand il s’engage à déposer son projet de loi ignorant et source de division et de diversion des vrais problèmes de la société. Il n’a ni le mandat ni des arguments fondés pour le faire.

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