Quel mandat?

Pierre Soublière —

Dans la foulée de la « victoire éclatante » de la CAQ, des commentateurs politiques déclarent: « La victoire et le mandat de la CAQ sont sans équivoque », ou encore, la CAQ « vient d’inaugurer son premier mandat ». Ce climat triomphaliste est une négation pure et simple du fait que les élections ne sont pas une méthode permettant de savoir ce que le peuple veut puisque ce n’est pas le peuple qui parle pendant les élections.

« Mandater » veut dire donner à quelqu’un le pouvoir d’agir en son nom. Par exemple, si un syndicat veut aller chercher un mandat de grève, il va passer la question au vote et, selon le nombre de votes de ses membres en faveur ou non de la grève, il dira qu’il a un mandat faible, fort, ou pas de mandat du tout. Si 24,8 % des membres sont en faveur de la grève, il va conclure qu’il est loin d’avoir obtenu un mandat. Souvent le syndicat demande ce mandat dans une situation où l’employeur, par exemple, refuse de négocier, négocie de mauvaise foi ou exige des concessions, etc. Il faut que le mandat soit clair parce que les membres sont les premiers concernés. C’est pour montrer à l’employeur que ce n’est pas un bluff et que les membres n’attendent que le mot d’ordre de leur syndicat pour arrêter de travailler, dresser les lignes de piquetage, etc.

Si un nombre peu élevé de membres participe au vote, dire que la majorité a voté pour la grève peut nous dire quelque chose à propos de ce que veulent ceux qui ont voté, mais dire que c’est un mandat fort serait une tromperie.

Avec ceci comme perception normale, comment la CAQ peut-elle agir comme si elle avait reçu un quelconque mandat de 24,8 % du corps politique ? Ce n’est pas raisonable, d’autant plus que, contrairement à l’exemple donné, ces partis font des promesses vagues pour chercher ce qu’ils appellent un mandat pour agir au nom du peuple. Et tout comme le syndicat déciderait que 24,8 % des membres n’est pas suffisant pour déclencher une grève parce que la grande majorité n’a pas dit qu’elle veut avoir recours à la grève comme moyen de pression, il serait logique qu’un parti n’ayant reçu que 24,8 % du vote conclue que sa « victoire » ne lui donne certainement pas un « mandat ».

Malgré tout, les partis élus et les médias monopolisés vont de l’avant comme si tout était normal, précisément parce qu’ils veulent tuer dans l’oeuf toute discussion sur un processus politique qui favorise l’élection de partis sans se soucier du sens réel des résultats, lesquels peuvent indiquer un tas de choses, mais certainement pas que la CAQ a obtenu un mandat.

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