Les « fausses majorités » et autres distorsions électorales rattachées au mode de scrutin uninominal majoritaire à un tour

Peter Ewart —

L’un des plus gros griefs contre le système électoral majoritaire dans l’ensemble du Canada est qu’il crée très souvent ce qu’on appelle des « fausses majorités » et d’autres distorsions électorales.

Une fausse majorité se produit lorsqu’un parti politique recueille moins de la moitié des voix, mais plus de 50 % des sièges. Au Canada, cela se produit presque à chaque élection, les partis politiques formant régulièrement des gouvernements majoritaires avec seulement 40 % des voix, souvent moins.

Les élections québécoises du 1er octobre en sont un exemple. La Coalition Avenir Québec a obtenu un gouvernement majoritaire avec près de 60 % des sièges (74 sièges sur 125). Pourtant, elle n’a recueilli que 37,4 % des suffrages exprimés, soit la plus faible proportion de votes parmi les gouvernements majoritaires de l’histoire du Québec.

Aux récentes élections en Ontario, les conservateurs de Doug Ford ont obtenu 40 % des voix, mais 60 % des sièges, ce qui a donné lieu à un gouvernement majoritaire disposant de 100 % des pouvoirs.

Ces distorsions étranges sont chose courante dans les élections basées sur le mode de scrutin uninominal à un tour. Lors des élections de 1996 en Colombie-Britannique, le NPD a été réélu en tant que gouvernement majoritaire avec seulement 39,5 % des voix et 39 sièges. Paradoxalement, les libéraux de la Colombie-Britannique ont reçu plus de votes que le NPD (41,8 %), mais sont demeurés dans l’opposition avec 33 sièges.

Aux élections fédérales de 1993, les libéraux de Jean Chrétien avaient remporté un gouvernement majoritaire avec seulement 41 % des voix. Pour sa part, le Bloc québécois avait obtenu 13,5 % des voix et 54 sièges et devenait l’opposition officielle au Parlement canadien. Pourtant, les progressistes-conservateurs de Kim Campbell ont obtenu 16 % des suffrages, mais seulement deux sièges.

Lorsque les partis reçoivent ces fausses majorités et forment le gouvernement, ils prétendent qu’ils ont le mandat de gouverner et d’imposer des objectifs souvent cachés. Un exemple frappant en Colombie-Britannique s’est produit en 2009 lorsque le gouvernement libéral de Gordon Campbell a imposé la taxe de vente harmonisée quelques semaines à peine après les élections, alors même qu’il avait nié tout plan de ce type avant les élections.

Les distorsions régionales sont également un problème sérieux avec le mode de scrutin uninominal majoritaire à un tour. Par exemple, lors des élections de 2001 en Colombie-Britannique, le NPD a recueilli 21 % des voix et les Verts 11 %. Toutefois, le NPD n’a obtenu que 2 sièges sur 79 et les Verts zéro. Les deux sièges du NPD étaient limités à la ville de Vancouver, les vastes régions du reste de la province étant représentées par des députés libéraux.

D’autre part, un exemple plus récent est l’élection de 2017 en Colombie-Britannique, où, sur l’île de Vancouver, les libéraux ont remporté 30 % des suffrages exprimés, mais n’ont obtenu qu’un seul des 14 sièges de l’île.

Ce qui est clair, c’est que le système éléctoral ne donne pas un mandat et les citoyens veulent avoir plus d’impact sur les prises de décisions et davantage de contrôle sur les processus politiques et économiques.

(Tiré du Marxiste-Léniniste.)

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