Ne permettons pas aux partis au pouvoir et aux médias de faire de l’immigration le sujet dominant

Soyons bien clairs, si la CAQ remporte la majorité des sièges et forme le prochain gouvernement, ce n’est pas parce que l’immigration est le problème qui bloque l’avancement de la société québécoise. L’escalade des attaques contre les immigrants à la Donald Trump vise uniquement à accroître les pouvoirs de police et les lois antiouvrières qui seront utilisés contre tout le monde, pas seulement les immigrants. L’histoire montre que cela ne prend pas de temps avant qu’on commence à dire aux travailleurs qu’ils doivent se soumettre aux lois antiouvrières.

Cette propagande anti-immigrant sert à priver le peuple de l’unité politique dont il a besoin pour contrer l’offensive antisociale des gouvernements. C’est pour empêcher les travailleurs de former des organisations qui feront avancer le renouveau politique pour que ce soit eux qui contrôlent le processus décisionnel, pas la minorité riche. C’est pour priver le corps politique d’une perspective qui lui permette d’aborder les problèmes de l’économie et de changer la direction de l’économie pour que la société puisse prospérer, même dans les conditions de la mondialisation néolibérale.

La CAQ prétend défendre les intérêts des Québécois et Québécoises et les médias n’ont épargné aucun effort pour attiser des craintes irrationnelles contre « l’autre ». La plus grande fraude commise est la prétention que les problèmes auxquels le peuple est confronté sont la faute des immigrants. Il faut dire à haute voix que ce ne sont pas les immigrants qui causent l’incertitude économique, la détérioration des programmes sociaux et les difficultés causées par la privatisation des services qui touchent tous les aspects de la vie. Un gouvernement formé par le CAQ qui fonctionne comme une radio-poubelle n’est pas un bon résultat pour les Québécois dans cette élection.

Les libéraux, quant à eux, n’ont aucun intérêt à mettre tout cela de côté. Ils jouent le jeu en prétendant que pour eux c’est surtout une question d’« accommodements raisonnables ». Cela sert à détourner l’attention du fait qu’ils n’affirment pas les droits de tous et toutes et poursuivent plutôt une politique de division perpétuelle pour donner aux ministres, aux gouvernements et aux forces de police des pouvoirs arbitraires pour jouer avec la vie des gens. Leurs médias ne peuvent pas mettre cette question de côté non plus parce qu’ils acceptent l’objectif de diviser pour régner et de détourner l’attention pour maintenir le peuple marginalisé et à l’écart du pouvoir.

Le Parti québécois a perdu sa place dans la politique québécoise parce qu’il tourne le dos à tout projet de nation moderne. Depuis que Lucien Bouchard, ex-chef du PQ, a rompu le contrat social au Lac Saint-Jean et au Saguenay, frappant le Québec droit au coeur, le PQ n’a pas été capable de s’en remettre. Ce n’est pas sans raison qu’aujourd’hui Bouchard est le négociateur préféré pour représenter les intérêts des riches contre les travailleurs. Le PQ ne commence pas avec une reconnaissance du monde tel qu’il est, mais avec un passé de brume et un monde d’idées, alors c’est aux travailleurs que revient la responsabilité d’entreprendre l’édification nationale sur une base moderne.

Cela commence par la reconnaissance du fait qu’aujourd’hui l’économie est mondiale. À cause de la révolution technique et scientifique, les pouvoirs de production sont plus imposants que jamais et ont dépassé la capacité des sociétés et des arrangements actuels à les contrôler. Ce sont des faits, mais cela ne signifie pas que les travailleurs du monde doivent se soumettre à la destruction néolibérale où les grandes puissances s’efforcent de tout contrôler et de détruire tout ce qu’elles ne peuvent pas contrôler. La destruction, l’agression et la guerre ne sont pas la seule option. À l’échelle mondiale, les travailleurs luttent pour humaniser l’environnement naturel et social, pour construire des États-nations modernes qui défendent les droits de tous.

Les peuples ne sont pas destinés à être contrôlés et dominés par des oligopoles et une mafia internationale. Les forces productives humaines peuvent façonner le monde à leur image, pas à l’image des élites qui rivalisent pour le contrôle.

La prétention du PQ d’être en faveur de l’« intégration » à la française par opposition au « multiculturalisme » à la canadienne est assez lamentable quand on sait que le modèle français en France est autant en crise que le modèle canadien ou britannique.

Et maintenant Québec solidaire veut y ajouter son grain de sel. Il affirme que le problème n’est pas l’immigration mais bien l’intégration des immigrants. C’est une simple variante de la politique d’accommodement que les Britanniques nous ont imposée à l’époque de l’empire. Il n’est pas possible de progresser sur ce front. Une rupture décisive avec la définition des droits imposée par l’empire britannique du XIXe siècle est nécessaire pour affirmer les droits de tous sur une base humaine.

La définition des droits accordés en fonction de catégories basées sur le sexe, l’origine ethnique et la nationalité, les croyances religieuses ou les convictions politiques, ne s’est jamais réalisée sans discrimination et ces droits ne serons pas respectés si la classe ouvrière est divisée entre immigrants et Québécois de souche ou autre non plus.

La cause des problèmes à l’heure actuelle est que l’orientation de l’économie est fixée par des intérêts privés supranationaux. Ceci est accompagné d’une offensive antisociale fondée sur la politique de payer les riches, la privatisation des services sociaux et la soumission des êtres humains et de tous les aspects de la vie à des intérêts privés étroits.

Le PMLQ appelle les travailleurs et le peuple du Québec à ne pas se laisser détourner par ces attaques contre une partie de la population qu’on appelle immigrants. Ceux qui sont contraints à l’immigration y sont contraints par les mêmes facteurs qui causent des problèmes au peuple ici. Ils quittent leur pays pour reconstruire leurs foyers à l’étranger. Ce n’est pas facile. Ils se retrouvent avec une vie semblable à celle imposée à des milliers de travailleurs québécois soumis aux caprices de la migration interne partout au pays. Leur vie est tout aussi difficile et pleine de bouleversements financiers et émotionnels.

Ne permettons pas à ceux qui prennent les rênes du pouvoir de provoquer des pogroms anti-immigrants. Unissons-nous dans l’action pour exiger que les gouvernements cessent de payer les riches et augmentent les investissements dans les programmes sociaux !

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