De bagarre en bagarre

Pierre Chénier —

Le troisième et dernier « débat des chefs » de la campagne a été en grande partie une bagarre entre le chef de la Coalition Avenir Québec François Legault, et le portrait intéressé qu’il présente de ce que pense la majorité, et le chef libéral Philippe Couillard. Legault a essayé de justifier ses propos sur l’immigration en les plaçant dans le contexte général des valeurs auxquelles seraient attachés les Québécois et les Québécoises. Selon lui, même s’il a commis des erreurs en présentant sa position sur l’immigration, c’est lui qui représente les valeurs des Québécois, de la majorité, les préoccupations au sujet du français, de la laïcité, face au port de signes religieux par les personnes en position d’autorité et ainsi de suite. Il a dit qu’il ne fait qu’essayer de représenter les valeurs des Québécois qui sont exprimées dans les sondages, les valeurs du Québec comme société distincte, et que sa position sur l’immigration vient de là.

Dans le point de presse après le débat, il a refusé de dire s’il entend toujours déporter les immigrants qui échouent au test de français et de valeurs. Il a détourné la question en disant que ce qu’il cherche, c’est une meilleure intégration des immigrants.

Pour sa part, pendant tout le « débat », Philippe Couillard n’a fait que répéter, en désespoir de cause, que le gouvernement doit respecter les droits de la minorité et les droits couverts par la Charte, et qu’il ne gouverne pas par les sondages.

Un fait saillant de ces « débats » est que Manon Massé, la co-porte-parole de Québec solidaire, s’efforce de demeurer en dehors de la chicane en s’en tenant aux opinions de Québec solidaire sur les problèmes auxquels la société fait face. Dans le débat d’hier, elle a rejeté la tentative de faire de l’immigration l’enjeu des élections. Elle a dit : « Ce qui est fascinant, c’est que ce thème-là ne devrait pas se retrouver comme enjeu d’une élection. Dans les faits, il y a l’enjeu de l’intégration, mais pas de l’immigration. Et ce qui me fait mal au coeur […], c’est qu’on a des impacts directs sur la vie de personnes qui nous ont choisis. »

Dans son mot de clôture, elle a dit que les Québécois et les Québécoises sont en droit d’espérer quelque chose de nouveau et que c’est possible d’y arriver. Pendant le débat, elle s’est opposée au fait que toute proposition pour sortir du statu quo est présentée comme impossible par les autres partis.

Quant au chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, il a fait preuve de sectarisme et ça lui a coûté. Il a passé une grande partie de son temps à essayer de semer le doute sur Québec solidaire au point d’en être absurde. Il était de toute évidence motivé par le fait que QS semble gagner du terrain dans l’élection au détriment du PQ. Il dit à Manon Massé qu’elle doit comprendre que même si elle est une femme, il va lui poser des questions embarrassantes. Il lui a demandé avec insistance pourquoi QS n’a pas un chef, est-elle le chef, etc. C’était complètement hors sujet. Ce comportement qu’on associerait facilement à un chauvin enragé ne l’a pas servi, et c’est le moins qu’on puisse dire. Non seulement le modérateur a-t-il dû le rappeler à l’ordre, mais les médias monopolisés se demandent depuis ce matin ce qui lui a pris.

Une fois de plus nous voyons que ces soi-disant débats des chefs ne servent qu’à désinformer les citoyens au sujet des enjeux dans cette élection, dont le plus important est de s’unir pour défendre les droits de tous et toutes en prenant la route du renouveau démocratique. Non aux gouvernements de partis ! Oui aux mesures qui investissent le peuple du pouvoir décisionnel !

Pierre Chénier est le chef du PMLQ.

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