Créer des forums de discussion et une autre dynamique

Richard Goyette —

Sur le plan politique, l’expérience au quotidien nous démontre que nous n’avons plus la division des pouvoirs tels que nous les avions, l’exécutif, le législatif et le judiciaire. Aujourd’hui, le législatif, soit l’Assemblée nationale du Québec ou la Chambre des communes à Ottawa, a perdu son pouvoir.

Il est faux de penser que nous sommes gouvernés par des députés élus. Tout passe par l’exécutif, dont le principal représentant est le premier ministre que nous n’avons pas choisi, puisque c’est le parti au pouvoir qui le « sacre », comme à l’époque où les familles de nobles nommaient le « prince ». Et tout comme à cette époque, le prince nomme « son conseil privé » aujourd’hui appelé « Conseil des ministres ». Tellement vrai d’ailleurs qu’il peut les congédier, les déplacer, en nommer de nouveau à sa guise, sans aucune consultation avec le peuple.

Il n’y a pas de débat de fond à l’Assemblée nationale. C’est l’exécutif qui décide tout. Le ministre responsable dépose une loi devant la législature ou le parlement et les députés de la majorité voteront pour son adoption en raison de la ligne de parti. Par la suite, le Conseil des ministres adoptera, sans débat véritable, sans transparence et en vase clos, les règlements d’application. À titre d’exemple, la Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles compte 39 règlements d’application et la Loi sur les relations du travail, la formation professionnelle et la gestion de la main-d’oeuvre dans l’industrie de la construction en compte 31.

Les partis politiques sont tellement friands de leur popularité et de conserver leur image de représentants du statu quo qu’ils ne veulent pas s’associer à quelque groupe que ce soit qui pose des questions ou présente des revendications, même si celles-ci sont fondées. Le processus est de plus en plus vicié et cela prend des proportions de plus en plus grandes.

En fait, il n’y a pas de gouvernement. Il y a deux grands pôles qui sont au contrôle : l’argent, et tout un ensemble d’appareils qui fait que l’argent continue à rouler et que les gens ordinaires en sont dépossédés.

Prenons par exemple la commission parlementaire sur le projet de loi 152 sur la construction, Loi modifiant diverses dispositions législatives concernant le domaine du travail afin principalement de donner suite à certaines recommandations de la Commission Charbonneau. Le projet de loi maintenant adopté accentue la criminalisation des travailleurs de la construction qui luttent à la défense de leurs droits. À la commission, on s’est retrouvé avec une ministre du Travail qui déposait des amendements au projet de loi et qui devait demander à l’avocat de son ministère ce que son projet de loi voulait dire. C’est l’employé de l’État qui répondait.

Il faut organiser des forums ouvriers et populaires où les participants amènent leurs connaissances des sujets. Des forums qui font un vrai suivi des choses et qui ne soient pas récupérées par le politique. Il faut créer des réseaux par lesquels on s’intéresse aux problèmes vécus par les autres, créer des vases communicants, échanger entre les groupes, lutter les uns pour les autres, les travailleurs ferroviaires, les métallos, les travailleurs de la santé, les étudiants, etc. Puis on voit comment passer au volet mobilisation, ce qu’on peut faire ensemble, d’abord les groupes concernés qui ont participé, puis élargir cette mobilisation.

On doit chercher à créer une autre dynamique que la dynamique actuelle qui passe par la répression de l’État et le fractionnement social. On doit faire de l’éducation populaire, sociale, syndicale. Connaître notre histoire, que rien ne nous a été donné, que tout a été acquis par des combats. Retrouver le sens de la communauté et du forum de discussion où les gens donnent leur point de vue et échangent avec les autres.

Richard Goyette est avocat en droit social et du travail, ancien directeur général de la FTQ-Construction.

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