La criminalisation de la lutte des grutiers

Pierre Chénier —

La question de la santé et de la sécurité des travailleurs et de la population est un enjeu électoral important. Les monopoles et les gouvernements ne le reconnaissent pas parce qu’ils appliquent le mantra néolibéral que la classe dirigeante doit s’emparer de toutes les ressources humaines et matérielles de la nation pour servir leur intérêt privé étroit. Ils criminalisent la lutte des travailleurs pour leur santé et leur sécurité comme un obstacle à la réalisation de cet objectif étroit antiouvrier et antisocial.

Prenons l’exemple des grutiers du Québec. Cela fait des mois maintenant qu’ils se battent pour leur santé et sécurité qui est aussi directement celle des communautés car ils oeuvrent à proximité des zones densément peuplées. En mai dernier, le gouvernement et la Commission de la construction du Québec (CCQ) ont unilatéralement éliminé le caractère obligatoire de leur formation professionnelle, qui a pourtant réduit depuis plus de 20 ans le nombre de morts et de blessés parmi eux, pour le remplacer par un programme de formation très inférieur, donné en entreprise et géré par les entreprises. Tout cela au nom d’« ouvrir » le métier à plus de travailleurs et de s’adapter au contexte où de plus en plus d’entreprises utilisent les grues pour déplacer leur matériel. En ce moment elles le font de manière illégale, en demandant à des employés non formés d’effectuer ces opérations qui peuvent être très dangereuses si les normes de sécurité ne sont pas respectées. Elles ne sont pas punies pour cette infraction à la loi ; ce sont au contraire les travailleurs et les normes de sécurité qui sont attaqués.

Les grutiers ont voulu discuter avec le gouvernement, la Commission de la construction du Québec, la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail pour exprimer leur opposition aux changements non sécuritaires. Ils ont demandé qu’une table de discussion soit créée avec tous les acteurs du secteur pour discuter de comment assurer la santé et la sécurité des travailleurs et de la population dans le contexte des changements en cours dans l’industrie.

Ils ont été rejetés et ils ont mené une action très courageuse en ne se présentant pas sur les chantiers pendant une semaine en juin dernier. Le gouvernement, la CCQ et les tribunaux se sont ligués contre eux et ont fait s’abattre sur eux les injonctions et les menaces d’amendes, de congédiements, d’emprisonnement, et même d’interdiction d’occuper un poste de représentant syndical parce qu’en vertu de la loi sur les relations de travail dans la construction, leur refus de se présenter au travail peut être considéré comme un geste d’intimidation visant à ralentir ou empêcher la production ! Les grutiers ont maintenu leur ferme opposition à cette destruction des normes et des standards de l’industrie. Leur juste lutte s’est méritée l’appui grandissant de la population à mesure que celle-ci a appris la raison de leurs actions. Le gouvernement s’est trouvé dans l’embarras et a dit qu’il allait mettre sur pied un comité d’ici la fin de l’été pour étudier la question, tout en disant qu’il n’allait jamais changer le règlement.

C’est un peu où en sont les choses en ce moment et les grutiers maintiennent qu’ils s’opposent toujours aussi fermement à ces changements unilatéraux qui nient leur droit à une voix au chapitre organisée et décisive sur leurs conditions de travail et qui sont non sécuritaires pour eux et le public.

Le PMLQ appelle tous les travailleurs à appuyer la juste lutte des grutiers et à exiger du gouvernement et des agences de l’État comme la CCQ qu’ils cessent de criminaliser ces travailleurs, retirent leur réglementation et discutent sérieusement avec les grutiers dans le respect de leurs droits et de leur dignité.

Pierre Chénier est le chef du PMLQ.

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