Volume 2 Numéro 55 - 4 avril 2014



Les enjeux dans cette élection

Le renouvellement des arrangements constitutionnels:
le voleur qui crie «Au voleur!»

Le lundi matin 31 mars, lors de sa conférence de presse quotidienne, le chef du Parti libéral du Québec, Philippe Couillard, s'est inspiré d'un article publié le matin même dans le journal La Presse, détenu par le monopole Power Corporation. Il a commencé par dire que l'article intitulé « Le choc, la charge, la charte » prouve sans l'ombre d'un doute une « machination calculée » par le PQ pour « créer une crise sociale » au Québec qui conduirait à une « confrontation » avec le gouvernement fédéral, résultant dans une impasse juridique qui « fournira des munitions pour la cause souverainiste ».

Interrogé par des journalistes pourquoi il y voyait un problème au fait que le PQ mettrait de l'avant une stratégie pour gagner les Québécois à l'idée de la souveraineté, il a écarté la question en disant qu'il n'y a pas de problème que des partis fassent valoir ouvertement leurs idées souverainistes, mais que la façon dont cela est fait en « créant une crise sociale » sur la question de la Charte des valeurs est « inacceptable » parce que c'est une « machination machiavélique » et qu'il n'a « jamais de sa vie politique rien vu d'aussi cynique que cela ».

Eh bien, il semble que le docteur Couillard a quelques trous de mémoire sur le passé récent et moins récent de la politique québécoise. Se rappelle-t-il de la façon dont, en 1995, lors du référendum tenu au Québec, les libéraux de Jean Chrétien se sont assurés que les résultats soient en faveur du Non ? La Commission Gomery a exposé une série de manigances que les libéraux de Jean Chrétien ont utilisées pendant et avant le référendum pour acheter des votes et influencer l'électorat, ce qui a culminé la veille du référendum par le fameux « love-in » organisé à Montréal sous le thème « Mon Canada inclut le Québec ». En quoi cela est-il différent d'une « machination calculée » ? Peut-il se porter garant que son parti n'est pas derrière l'hystérie créée récemment autour du mot « référendum », et largement promu par lui-même et ses candidats durant les deux premières semaines de cette élection ?

Où se situe-t-il sur la question de la « Loi sur la clarté » adoptée en 1999 par le parlement canadien sur ce qui constitue une « majorité acceptable » aux yeux du gouvernement fédéral advenant un autre référendum au Québec ? N'est-ce pas un prétexte pour organiser une « crise sociale » en ayant le gouvernement fédéral qui déclare illégitimes les résultats d'un autre référendum, créant ainsi les conditions pour invoquer la Loi sur les mesures de guerre ? Comment est-ce que Couillard peut garder le silence sur le fait que certaines forces dans le reste du Canada discutent ouvertement dans les médias de l'organisation d'un « référendum préventif pancanadien » pour arrêter toute nouvelle initiative par le gouvernement du Québec de tenir un autre référendum ? N'est-ce pas une « machination calculée ». Nous avons affaire ici au voleur qui crie: « Au voleur ! ».

Ce que le peuple doit se rappeler, c'est que le Parti libéral du Québec s'est opposé à l'idée d'un référendum qui place au coeur des discussions la volonté du peuple d'affirmer sa souveraineté. Discuter ensemble de l'avenir du Québec va à l'encontre tout ce que les libéraux représentent aujourd'hui, qui est le statu quo constitutionnel, soit le maintien des arrangements qui datent de l'époque des bâtisseurs d'empire coloniaux du XIXe siècle.

Aujourd'hui, ces sont ces mêmes dispositions constitutionnelles qui donnent la légitimité juridique au gouvernement Harper et aux gouvernements des provinces et du Québec d'utiliser le plein poids du pouvoir exécutif et/ou de leur majorité au Parlement pour mettre en place ou décréter de nouveaux arrangements au sein de l'État qui favorisent les intérêts privés des monopoles. Cela se fait aux dépens du bien public, en opposition à la volonté du peuple qui veut la garantie des droits individuels et collectifs dans le cadre d'une société moderne. Par exemple, il n'est pas surprenant que les libéraux de Charest et maintenant sous Couillard promeuvent encore plus la privatisation du système de soins de santé comme le soi-disant remède à la crise dans laquelle ils nous ont eux-mêmes plongés.

Le parti libéral a montré maintes et maintes fois qu'il est coincé dans ses anciennes façons de créer des crises pour maintenir un statu quo constitutionnel qui étouffe autant la nation québécoise que le reste du Canada. Au contraire, nous avons besoin d'occuper l'espace du changement nous-mêmes en mettant sur pied des commissions sur l'avenir du Québec.


Les paradis artificiels de Philippe Couillard

Nous avons appris ces derniers jours qu'entre 1992 et 2000, Philippe Couillard, le chef du Parti libéral du Québec, a détenu un compte bancaire dans l'Île de Jersey, un paradis fiscal. À l'époque, il travaillait en Arabie saoudite, une monarchie médiévale soutenue par l'impérialisme américain, comme neurochirurgien pour le monopole pétrolier Aramco et, plus récemment, il a été conseiller pour le ministre de la santé de ce pays, le prince Abdulallah bin Abdulazizz Al-Rabeeah. Plus récemment, il s'est distingué comme champion de l'offensive antisociale, de la restructuration de l'État, de la privatisation des service publics et d'une campagne de peur sur l'avenir du Québec.

Il y a un an, à propos de la question de l'avenir du Québec, il disait: « Je ne peux pas concevoir que l'on puisse s'investir en politique québécoise et choisir le Canada sans le désir de voir le Québec réintégrer un jour la famille canadienne. » Ensuite il ajoutait: « On ne peut pas vouer à l'oubli un enjeu aussi fort sur le plan des symboles que l'absence de la signature du Québec au bas de la loi maîtresse du Canada. » Le chef du PLQ, probablement enivré par le paradis artificiel du statu quo, oubliait qu'historiquement toutes les ententes constitutionnelles concernant le Québec ont été imposées par la force ou derrière des portes closes.

Qu'est-ce que Couillard propose maintenant en campagne électorale ? La même vieille formule, mais en évitant toujours soigneusement de se prononcer sur la forme que prendrait la signature par le Québec de la Constitution. Il propose de faire une grande tournée du Canada pour sensibiliser les chefs fédéraux, avec en tête Justin Trudeau, pour qu'ils acceptent le « caractère distinct » du Québec. Ce sont les mêmes formules creuses rejetées par les Québécoises et Québécois depuis longtemps. Décidément, les paradis artificiels de Couillard lui permet de remonter dans le temps pour refaire le coup de l'Accord du Lac Meech.

Après avoir, dans les derniers jours, finalement écarté l'idée de proposer aux chefs fédéraux d'accepter le « caractère distinct », il a décidé que de toute façon il n'en parlerait plus à moins que « ça vienne du reste du pays » et qu'il n'y a pas de raison de « briser le Canada ».

Il n'y a surtout aucune raison de briser le statu quo pour Couillard. À moins de sombrer dans les paradis artificiels, il faut reconnaître la réalité historique de l'État canadien qui nie le droit à l'autodétermination des Premières Nations, et de la nation du Québec, ainsi que les droits égaux pour tous les citoyens, au lieu de privilèges qui peuvent être retirés au bon vouloir du gouvernement du jour.

Il n'y a qu'un voie pour résoudre cette question, et c'est par l'affirmation de la souveraineté du Québec et par un projet d'édification nationale qui reconnaît les droits de tous. Il faut écarter les partis qui bloquent le pouvoir du peuple de décider de son avenir. Les paradis artificiels des partis du statu quo ne résoudront aucun problème, les travailleurs, la jeunesse, les femmes et les minorités nationales doivent tout mettre en oeuvre pour s'investir du pouvoir de décider de l'avenir du Québec.


Les élections, la souveraineté,
la marginalisation du peuple

Aux dires des partis représentés à l'Assemblée nationale, les élections sont le summum de l'activité politique au Québec. Selon eux, c'est le temps idéal pour le peuple du Québec d'exprimer ses aspirations. Alors pourquoi un tel désabusement face à la classe politique ? La réponse est simple. Donner son point de vue une fois par an ou une fois tous les 2 ou 4 ans, c'est selon, n'est pas suffisant. Le peuple du Québec a faim. Faim de démocratie. Faim de contrôle sur sa destinée. Voilà pourquoi les belles paroles de ceux qui servent l'oligarchie financière ne suffisent plus.

Le gouvernement sortant a déclenché les élections. Pourquoi ? Pour une majorité de sièges au parlement ? Les partis de l'opposition s'excitent, jubilent. Ils pensent ainsi prendre le pouvoir. À défaut de la majorité, au moins, nous récupérerons les leviers du pouvoir pour avancer notre ordre du jour, pensent-ils. La logique est simple, implacable, sournoise et pernicieuse. Comment enlever le pouvoir souverain du peuple et le mettre dans les mains de ceux qu'on appellera plus tard leurs ti-amis. Voilà ce que sont les élections en 2014. Voilà le système démocratique qu'on nous présente comme étant la finalité, le nec-plus-ultra de la démocratie. Sous cet angle, effectivement, le cynisme des politiciens au service de la bourgeoisie s'expose. Quel ouvrier, femme et jeune ne verrait pas la démagogie qui se cache derrière ce stratagème ?

La présente campagne électorale est, selon les « analystes politiques », une campagne sale. Comment pourrait-il en être autrement ? Chaque faction de la bourgeoisie défend ses propres intérêts. Cette classe sociale est homogène dans la recherche du profit maximum certes, mais ceci implique une nature cannibale, une marque territoriale certaine. Ce qu'on nous présente comme étant l'ultime évolution de l'être humain n'est ni plus ni moins qu'un marquage territorial primaire. C'est mon coin de pays, mon coin de profit, va pisser ailleurs.

C'est sur cette base et pour répondre à ce but que la bourgeoisie a créé ses propres partis. Chacun défendant une certaine tranche de sa classe, mais tous faisant front commun sur la nécessité d'imposer leur vision servant leurs intérêts, tous imposent leur agenda, leur ordre du jour. N'est-ce pas l'appel des libéraux de parler des « vraies affaires » ?

Alors parlons-en des vraies affaires. Le PLQ brandit la menace souverainiste comme le maccarthisme brandissait la menace communiste. La chasse aux sorcières sans cesse renouvelée. Tout comme à l'époque évoquer le spectre du communisme suffisait à vous faire emprisonner, évoquer le spectre de la souveraineté aujourd'hui suffit à étouffer la discussion. C'est ramener le débat d'idées à sa plus simple expression. Le bien et le mal. Pour ou contre. Voilà qui nous éclaire !

Les enjeux dans
cette élection...

Pour un Québec souverain qui défend les droits de tous

Éducation, santé et programmes sociaux

Les conditions de vie et de travail dans le secteur public

Les conditions de vie et de travail dans l'industrie forestière


Une retraite en sécurité

Pour le renouveau des institutions démocratiques

Les libéraux tentent par tous les moyens d'évincer la question nationale. Ils parlent de destruction d'un pays, d'une économie. Nous répondons qu'au contraire, c'est la construction d'un pays, d'une nation dont il est question. Poser la question ensemble, en tant que peuple, c'est s'obliger à y répondre ensemble en tant que nation. Que veut dire la souveraineté ? En quoi régler la question nationale est-elle une prémisse à la fondation d'un Québec moderne ?

Si le PQ ne donne pas la direction de la discussion, le PLQ et la CAQ sont franchement rétrogrades. Rester figer dans un certain passé pour bloquer le futur et cacher le chemin pour aller de l'avant.

Alors la souveraineté c'est quoi ? C'est certainement avoir plein contrôle de nos ressources naturelles. C'est de garantir les droits de tous. C'est de se servir de la culture comme moteur de motivation pour arriver à nos fins. C'est de mettre un terme au pillage des ressources par les grandes entreprises. C'est également reconnaître toutes les Québécoises et tous les Québécois comme membres du corps politique, membres à part entière de cette nation. C'est de refuser que les multinationales viennent piller nos terres, nous faire construire villes et villages et les abandonner par la suite comme des déchets laissés sur le bord de la route.

Comment contrôler tous les leviers de l'économie ? Comment faire pour que les besoins humains soient au centre de l'économie ? Les ouvriers du Québec doivent non seulement se poser la question, mais y répondre.

Chaque travailleur du Québec doit prendre le plein contrôle de sa destinée. Bâtissons les commissions sur l'avenir du Québec ! En avant !




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Christian Legeais, agent officiel du Parti marxiste-léniniste du Québec