Volume 2 Numéro 52 - 1er avril 2014



Les enjeux dans cette élection


Le vote «anglo» et la souveraineté du Québec

Pourquoi est-ce que c'est toujours présenté comme un fait accompli que les Québécois anglophones ne seront jamais en faveur de la souveraineté du Québec ? De quelle souveraineté parlons-nous ? Notre souveraineté ne repose pas sur une base linguistique. La nation québécoise a été constituée au départ des Premières Nations, des métis, des colons venus de France, d'Irlande, d'Écosse, d'Angleterre, suivis de gens venus des États-Unis pendant la guerre d'indépendance dans ce pays, puis d'arrivants plus récents provenant de partout dans le monde et qui ont fait du Québec leur nouveau domicile tout en contribuant à son enrichissement culturel et économique. En fait, plusieurs qui se disent « anglophones » sont issus de minorités nationales qui se sont établies au Québec, surtout durant le XXe siècle, et continuent d'utiliser et promouvoir leur langue maternelle.

La souveraineté du Québec est essentielle au renouvellement à la fois du Québec et du Canada et les minorités nationales sont une partie intégrale de notre Québec moderne. Le Canada et le Québec sont en train d'être intégrés aux États-Unis des monopoles d'Amérique du Nord à une vitesse accélérée, que ce soit par ses frontières, l'économie, la défense, la politique internationale, y compris les préparatifs de guerre du côté des États-Unis, etc. La question nationale concerne tout le monde, qu'ils le veulent ou pas.

Ça irait mille fois mieux si tout le monde s'engageait là-dedans non pas sur la base des vieilles histoires de division entre anglophones et francophones, mais pour s'assurer que l'intégration aux États-Unis des monopoles d'Amérique du Nord ne nous détruise pas. Il faut créer une nation qui défend les intérêts de tous, de tous les individus et de tous les collectifs, en s'assurant que le facteur humain prédomine dans les affaires qui touchent et la société et la terre. Il faut humaniser et l'environnement social et l'environnement naturel.

Le gouvernement fédéral n'a jamais reconnu le droit de la nation québécoise à l'autodétermination et a toujours refusé de négocier avec elle sur une base d'égalité de nation à nation. C'est la même chose pour les Premières Nations. En plus, le Québec, comme le Canada, a hérité au XIXe siècle d'un système parlementaire britannique qui est anachronique et qui a besoin d'être renouvelé. Les institutions dites démocratiques sont en crise, y compris le système des partis et de gouvernement de partis. Le système électoral porte des partis au pouvoir dont les candidats sont choisis par les partis et non pas par le peuple. Le processus électoral n'est plus capable de déterminer la volonté populaire et de la traduire en volonté légale.

La lutte pour la souveraineté ici au Québec contribuera aussi à celle de nos concitoyens canadiens.

Dans cette élection et après, travaillons à construire des commissions sur l'avenir du Québec.


Qui donc n'est pas intéressé aux questions constitutionnelles?

Le niveau de culture politique sombre vers les bas-fonds, particulièrement en période dite électorale. Juste le fait que la question de la souveraineté du peuple québécois soit jouée comme une carte (dont on veut surtout se débarrasser, semble-t-il) en dit long sur le niveau de la culture politique qu'on tente de nous imposer.

L'année prochaine sera le 20e anniversaire du référendum sur l'avenir du Québec. Plusieurs s'entendent pour dire que s'il y a eu un référendum le 30 octobre 1995, c'était suite au Non ! retentissant que le peuple canadien, le peuple québécois et les Premières Nations avaient donné à l'establishment canadien lors du référendum sur l'accord de Charlottetown en 1992. Le peuple québécois entre autres avait rejeté les tentatives de réduire le statut juridique du Québec à celui de « société distincte » et l'ensemble du Canada avait exprimé son rejet du statut quo constitutionnel. Le gouvernement péquiste et les forces souverainistes à l'époque avaient jugé le moment propice pour mettre à l'ordre du jour l'affirmation de la nation québécoise. Cette démarche était encore à ses stades initiaux lorsque le gouvernement fédéral et le gouvernement libéral au Québec ont commencé à s'y opposer.

Le plan initial pour le projet sur l'avenir du Québec fut un avant-projet de loi sur lequel le peuple québécois aurait à se prononcer à un référendum et qui aurait été adopté au préalable par l'Assemblée nationale. Le peuple serait appelé à participer au processus législatif en sanctionnant une loi votée par l'Assemblée. Le texte de ce projet de loi contenait 17 articles portant entre autres sur la déclaration de souveraineté, sur l'association économique recherchée avec le Canada, sur la nouvelle constitution du Québec souverain et sur les alliances internationales. Jacques Parizeau avait déclaré à l'époque : « Le projet de se donner un pays ne peut être l'affaire d'un gouvernement. Il doit être l'affaire de chaque citoyen, de tout le peuple du Québec. »

Les libéraux s'attaquèrent dès le départ à la légitimité de toute démarche sur l'avenir du Québec, accusant le gouvernement de se livrer à une entreprise de manipulation des citoyens, suivi des libéraux fédéraux qui qualifiaient la démarche de frauduleuse. Entre le 6 février et le 5 mars 1995, 17 commissions consultatives furent mises sur pied, avec 280 commissaires et la tenue de 435 rencontres où se présentèrent 50 164 personnes. 4 591 mémoires furent présentés dont celui du PMLQ présenté à Hull par Hardial Bains.

Parmi les conclusions du rapport de la commission nationale déposé le 19 avril :

- axer la déclaration de souveraineté sur les valeurs fondamentales définissant un projet de société

- former une assemblée constituante élue pour rédiger une constitution

- adopter une structure politique décentralisée pour le nouvel État

- inclure une offre de nouveau partenariat avec le Canada fondé sur une union économique et une union politique

Il y eut alors un pacte des chefs du PQ, du Bloc québécois et de la défunte Action démocratique - le « camp du changement » - voulant offrir au Canada de négocier un traité de partenariat économique et politique. Plutôt que de traiter de ces propositions comme étant des questions politiques pertinentes et sérieuses, les fédéralistes ont une fois de plus adopté la stratégie de continuer de soutenir que l'enjeu était la « séparation » et d'attaquer la crédibilité d'une possible association économique entre le Québec et le Canada.

Enfin la question posée au peuple québécois fut la suivante :

« Acceptez-vous que le Québec devienne souverain après avoir offert formellement au Canada un nouveau partenariat économique et politique dans le cadre du projet de loi sur l'avenir du Québec et de l'entente signée le 12 juin 1995? Oui ou non. »

Au moment où le gouvernement Harper examine les possibilités d'apporter de façon unilatérale des changements draconiens à la constitution, dont l'abolition pure et simple du sénat, il est clair que ceux qui brandissent des épouvantails à chaque fois qu'il y a une possibilité de discuter tous ensemble de l'avenir du Québec ont leurs propres visées. Il faut refuser cette désinformation et persister à faire valoir le besoin d'un Québec souverain à la défense des droits de tous.


La question de la souveraineté a à voir avec qui décide

Les médias aiment citer des gens qui disent qu'ils sont fatigués des vieilles histoires sur la souveraineté, mais généralement c'est seulement pour attiser les passions d'un côté ou de l'autre. Si c'était sérieux, on proposerait une façon de résoudre le problème, pas de l'enterrer. Les Québécois veulent résoudre la question nationale parce que cela se revire toujours contre eux. Le gouvernement fédéral fait des menaces et les libéraux veulent balayer l'affaire sous le tapis.

Le droit à l'autodétermination appartient au peuple sans égard à l'origine nationale, à la religion, à la langue ou au statut social. C'est une question importante et cela doit se faire avec des débats et de l'information. Ça ne se fera pas en incitant les passions comme le font les partis dominants.

Un Québec souverain n'est pas un projet fini et on ne peut pas préjuger d'avance de quelle sorte de société ce sera. Tout cela dépend de qui le fera. Les anglophones, les immigrants, les Premières Nations, les « Québécois de souche » et les Québécois de première génération doivent prendre leur place dans cette discussion pour une constitution moderne qui unit tous les citoyens dans la défense de leurs droits. Il faut construire les commissions sur l'avenir du Québec pour formuler des solutions sur la question de la souveraineté et sur tous les autres problèmes qui concernent le corps politique.





Lisez Le chantier politique
Site web:  www.pmlq.qc.ca   Courriel: bureau@pmlq.qc.ca


Christian Legeais, agent officiel du Parti marxiste-léniniste du Québec