Volume 2 Numéro 50 - 30 mars 2014



Les conditions de vie et de travail des travailleurs
du secteur public — un enjeu électoral

Les conventions collectives des plus de 400 000 travailleurs des secteurs public et parapublic, santé, services sociaux, éducation, enseignement supérieur et fonction publique, arriveront à échéance le 31 mars 2015. Les syndicats se sont engagés à travailler en front commun et à présenter leurs demandes d'ici la fin de 2014. La question des conditions de vie et de travail dans le secteur public doit être au premier plan dans cette campagne électorale. Les conditions de vie et de travail de ces employés sont les conditions mêmes de la livraison des services dont les Québécois dépendent dans leur vie. Il faut s'assurer que les travailleurs de ces secteurs aient les conditions qui correspondent au travail qu'ils font pour la société.

Il est devenu coutume pour les cercles dirigeants et leurs partis de dénigrer le secteur public et parapublic et les travailleurs qui y oeuvrent comme « un coût » et leurs pensions comme « un fardeau » pour la société, un coût qui doit être réduit pour le bien de la société. Cela mène à la détérioration des conditions dans le secteur. La situation créée permet ensuite d'appeler à une privatisation à fonds de train des services publics comme supposée solution à une crise créée de toutes pièces.

Dans la logique perverse des partis des riches, il faut « d'abord créer la richesse » avant de pouvoir investir dans les programmes sociaux et services publics. En fait, ce qu'ils appellent « créer la richesse » consiste à transférer une partie toujours plus grande de la richesse sociale à des intérêts monopolistes privés, rien de plus. Ils créent l'impression qu'il n'y a pas d'alternative au saccage des programmes et services sociaux.

Pour la classe ouvrière, les programmes sociaux et les services publics font partie de la richesse que les travailleurs créent par leur travail. Plus ces services répondent adéquatement aux besoins des travailleurs et de la population en général, plus l'économie est forte. Et le contraire s'applique aussi: plus on appauvrit les services et programmes sociaux, plus on appauvrit l'économie et sa capacité à créer de la richesse. Les programmes sociaux et les services publics sont une composante essentielle de l'humanisation de la société.


Le problème de la rémunération des travailleurs
du secteur public est au centre des problèmes
que vit le secteur lui-même

- Donald Rheault, président du Conseil central,
CSN Abitibi-Témiscamingue, Nord-du-Québec -

À titre d'information sur les problèmes auxquels les travailleurs du secteur public sont confrontés, Chantier politique publie l'entrevue qui suit.

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Chantier politique: À ton avis, quels sont les principaux problèmes auxquels les travailleurs des secteurs public et parapublic font face en ce moment ?

Donald Rheault: La rémunération des travailleurs est un des grands problèmes parce que c'est toute la question de la rétention de la main-d'oeuvre avec laquelle on a beaucoup de difficulté dans le réseau public, surtout en ce qui concerne les ouvriers certifiés d'entretien, les ouvriers de métier. Il y a une concurrence qui est déloyale avec le secteur privé. Il y a une différence salariale qui va jouer en moyenne autour de 30 %. Un électricien qui travaille dans le secteur public gagne en moyenne 30 % de moins que s'il était dans le secteur de la construction. Il y a des métiers où la situation est pire, l'écart de salaire pouvant atteindre 35 %. Conséquemment, nous avons de la difficulté à avoir des ouvriers spécialisés dans nos commissions scolaires et dans nos hôpitaux.

Chez nous, cela prend des proportions assez dramatiques. Dans ma propre commission scolaire, on a eu des affichages de postes de plombiers pendant deux ans. Ils n'ont jamais été capables de trouver un plombier. La commission scolaire s'est retournée vers le secteur privé pour donner l'emploi à la sous-traitance et le contracteur demandait 75 $ de l'heure plutôt que de payer un plombier selon l'échelle salariale autour de 20-22 $ de l'heure.

C'est certain que le travailleur est plus avantagé d'aller travailler pour un sous-traitant dans le secteur privé. La paie est plus élevée. On assiste donc à une migration du secteur public vers le privé, surtout qu'on a connu en Abitibi le Klondyke minier. Depuis les deux dernières années, nos travailleurs spécialisés s'en vont dans le secteur minier. Ils quittent le secteur et ne postulent pas non plus pour venir travailler dans notre secteur quand ils voient des postes ouverts tant l'écart salarial est grand. On a des cas ici à Amos où les plombiers viennent travailler chez nous en sous-traitance mais ils ne veulent pas postuler pour venir au public quand ils voient le taux salarial. Ils restent au privé.

Cette tendance se voit partout, que ce soit dans le secteur de la santé ou de l'éducation. La rémunération dans le secteur public n'a pas suivi la courbe ascendante qu'elle aurait dû suivre pour assurer la rétention de la main-d'oeuvre. D'année en année, quand on arrive à nos négociations, on perd toujours du pouvoir d'achat. On perd toujours de la rémunération alors que le secteur privé en gagne.

C'est un problème qui se vit dans tout le Québec, que ce soit sur la Côte-Nord, au coeur du Québec ou à Montréal, la difficulté est la même.

CP: La rémunération inférieure est donc liée à la privatisation selon toi ?

DR: Oui. On est toujours confronté à cela parce que si ta rémunération n'est pas là, tu n'attires pas le monde et si tu n'attires pas le monde il faut bien donner le travail à quelqu'un. C'est certain que cela contribue à l'ouverture au secteur privé. Il y a des hôpitaux qui voient arriver cela, les agences de placement qui veulent se coller près des centres hospitaliers et leur dire que s'ils ne sont pas capables de trouver des employés, elles vont le faire pour eux. Mais les gens qu'elles trouvent ne sont pas couverts par nos accréditations syndicales; ils ont d'autres conditions de travail, des conditions inférieures si on prend l'ensemble des conditions. Il y en a d'autres qui ont des contrats avec des hôpitaux qui ont des conditions de travail qui sont meilleures que dans le secteur public mais qui restent au privé.

On a des gens qui travaillent dans des CHSLD avec des horaires de nuit, puis de jour, des quarts de travail de 4 heures. Les gens veulent avoir de la stabilité d'emploi ou avoir de meilleures heures, alors si l'agence est capable de leur fournir ça, c'est là qu'ils vont aller. Ils vont passer par les agences de placement pour se faire embaucher pour du travail dans le secteur public.

Prenons un exemple d'un hôpital qui a besoin d'une secrétaire médicale. L'employeur veut donner 17 $ de l'heure pour un poste de 25 heures semaine. Il n'en trouve pas. L'agence de placement va aller le voir et lui dire qu'elle, elle est capable d'en trouver une, de combler son poste, mais l'employeur va devoir donner un peu plus d'argent que prévu à l'agence, pour que l'agence trouve quelqu'un en lui donnant 18-19 $ au lieu de 17 $ et elle demande à l'hôpital de lui donner plus que 25 heures de travail par semaine. L'hôpital, pour se débarrasser du problème, va donner le contrat à l'agence de placement. La personne engagée va alors avoir un salaire plus élevé, mais pas de pension ou d'avantages sociaux. Dans les agences de placement, il n'y a pas beaucoup de syndicalisation. Le travailleur est tout seul à négocier ses conditions. Dans les conditions de grande pénurie d'employés, les travailleurs qui passent par les agences peuvent se retrouver avec un salaire un peu plus élevé, mais évidemment pour les avantages sociaux ou les pensions c'est autre chose. Les employeurs du secteur public se déchargent de leurs responsabilités envers les employés en faisant affaire aux agences.

Les agences de placement vivent à même la pénurie et la rémunération inférieure qui existe dans le secteur public. La rémunération est un enjeu majeur. Il faut stopper cette hémorragie-là. C'est un problème qui a des ramifications multiples.





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Christian Legeais, agent officiel du Parti marxiste-léniniste du Québec