Volume 2 Numéro 47 - 27 mars 2014


Les enjeux dans cette élection

Un coup électoral se prépare-t-il?

Un sondage de Léger/Journal de Montréal paru lundi place les libéraux de Philippe Couillard en position de former un gouvernement majoritaire. Les principaux porte-parole du Parti québécois ont tout de suite sonné l'alarme pour dire aux souverainistes qui avaient l'intention de voter Québec solidaire ou CAQ de prendre garde aux conséquences de leur geste — cela va remettre les libéraux au pouvoir.

Assisterait-on à une tentative de coup électoral? Les maisons de sondage interviennent régulièrement dans le débat politique au Québec pour influencer l'opinion publique dans un sens ou l'autre. Les sondeurs Léger/Journal de Montréal (de la famille Péladeau), comme CROP et d'autres, sont passés maîtres dans la désinformation de l'opinion publique. Ils font en sorte qu'il n'y ait pas de réponse cohérente et unificatrice, qui sert les intérêts du peuple. On n'a qu'à se rappeler le climat créé au sujet des «accommodements raisonnables» qui a mené à la création de la Commission Bouchard-Taylor en février 2007. Elle avait été précédée par des sondages et des articles du Journal de Montréal sur les «inquiétudes» des Québécois face à l'immigration au printemps 2006.

Quoi qu'il en soit, il s'agirait en réalité d'un contre-coup électoral. Depuis une semaine les médias monopolisés canadiens crinquent l'hystérie à propos du «séparatisme» pour essayer de venir à la rescousse de Philippe Couillard et des libéraux. Puis on apprenait cette semaine, dans une supposée fuite d'information interne sur la stratégie libérale, que les candidats libéraux sont invités à influencer le vote souverainiste en faveur de la CAQ ou de Québec solidaire. Pour les diriger vers la CAQ il s'agit de répéter que «le Parti québécois couche avec les syndicats» et dans le cas de QS il s'agit de dire que le gouvernement du Parti québécois n'a pas répondu aux attentes concernant les politiques sociales. (Comme si les libéraux avaient été les grands défenseurs des programmes sociaux!)

Le Parti québécois a répliqué en essayant d'amener le débat sur la question de l'intégrité, en parlant des liens entre Philippe Couillard et Arthur Porter, l'administrateur public présentement en prison pour avoir versé dans la corruption, et en rappelant que Couillard est passé à l'emploi d'entreprises liées à la privatisation de la santé quelques mois seulement après avoir quitté son poste de ministre de la Santé. Le Parti libéral riposte en exigeant que tous les chefs de partis divulguent des informations sur les liens d'affaires de leurs conjoints. Il vise de toute évidence le mari de Pauline Marois, qui est un homme d'affaires. Et ainsi de suite ad nauseam.

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Alors que penser de tout cela? Ces manoeuvres électorales médiatiques ont en commun qu'elles usurpent le pouvoir de décider de l'électorat. Aucune des questions soulevées n'est vraiment débattue dans le sens d'apporter des solutions à ces problèmes. Cette semaine les partis et les médias parlent d'intégrité et de corruption, mais qu'est-ce qui est à l'origine de cette corruption? Comment l'enrayer? Les manoeuvres électorales médiatiques actuelles, où de grands conglomérats privés interviennent à la faveur d'un parti ou d'un autre, ne sont-elles pas de la corruption?

Même chose sur la question de la souveraineté. Peut-on vraiment déjouer l'offensive pour priver le peuple québécois de son droit de décider de son avenir en usant de manoeuvres médiatiques et de tactiques de diversion qui ont pour effet de marginaliser le peuple davantage? Certainement pas.

Dans cette élection, il faut s'arranger pour qu'aucun des grands partis ne puisse proclamer avoir le mandat de faire ce qu'il veut. Il faut trouver les moyens de freiner leurs élans destructeurs, avec leur dogme qu'il n'y a pas d'autre solution que de payer les riches et de détruire les programmes sociaux. Il faut aussi mettre à l'ordre du jour la question nationale, la question de la direction de l'économie et la question du besoin de renouveler les institutions démocratiques en refusant de céder l'initiative du débat.


Faire l'économie des monopoles dans l'économie

Dans les premiers jours suivant le déclenchement des élections, les partis de la bourgeoisie ont tous rivalisé pour être le champion de l'économie et les journalistes-experts commentaient à grands renforts de tableaux et de statistiques les promesses de chacun. Les libéraux disaient faire de l'économie «une priorité absolue », le Parti québécois voulait poursuivre sur la lancée de son dernier mandat et la CAQ lançait une série de propositions pour restructurer l'État. Sondages à l'appui, on nous disait que la priorité des Québécois était l'économie. Tout ce manège sur l'économie s'est arrêté après trois jours de campagne avec l'annonce de la candidature de Pierre-Karl Péladeau pour le PQ dans St-Jérôme.

La campagne électorale qui devait être celle de l'économie est devenue celle d'une campagne de peur sur la date d'un référendum, les soi-disant menaces de la souveraineté du Québec pour l'économie et qui serait le futur « Capitaine Canada ». D'un côté, ce n'est pas si invraisemblable que la partie « économie » de la campagne soit d'une durée si courte. Les partis des riches ne souhaitent intervenir dans l'économie que pour en faire profiter les monopoles. Lorsque les monopoles décident de saccager une région ou une secteur de l'économie, les partis des riches se rangent derrière un discours non interventionniste et de capitulation. C'est, disent-ils, la loi du marché.

Comment cela pourrait-il être possible pour ces partis de parler sérieusement d'économie alors que leur discours sur l'économie est celui du néolibéralisme, de la restructuration de l'État et du pillage des ressources humaines et naturelles? Comment les libéraux, par exemple, peuvent-ils promettre que 250 000 emplois seront créés dans les cinq prochaines? En mobilisant quelles forces productives, en investissant dans quel secteur, avec quel plan? Ces partis n'ont pas d'autre plan que d'utiliser les ressources de l'État pour financer et favoriser les monopoles au nom d'une création d'emplois qui n'est qu'une spéculation sur des cycles économiques et les aléas de fortune des monopoles nationaux et internationaux.

Depuis la fin de l'État-providence, le discours sur l'économie des partis des riches est celui des ententes secrètes, de la mise à sac des ressources humaines et naturelles, du pillage des fonds de retraite et de la mise en oeuvre du maximum de concessions contre les travailleurs. Lorsque les « experts » rapportent que ces partis font « l'économie de l'économie », c'est plutôt qu'ils font l'économie d'un discours qui ne correspond pas à la réalité quotidienne des travailleurs menacés de voir leurs moyens de subsistance être rayés au crayon par les monopoles du jour au lendemain.

Permettre de discuter sérieusement ces questions est une occasion pour la classe ouvrière de donner une nouvelle direction pour l'économie au Québec. La priorité absolue pour les travailleurs, c'est une nouvelle direction garantissant un moyen de subsistance pour tous, qui met fin au pillage absurde et anarchique des ressources et à la mainmise des monopoles sur l'économie.






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Christian Legeais, agent officiel du Parti marxiste-léniniste du Québec