Volume 2 Numéro 24 - 22 février 2014


Un budget en contradiction avec
les besoins du peuple

Le budget 2014-2015 présenté le 20 février par le ministre des Finances et de l'Économie Nicolas Marceau est en contradiction avec les besoins d'un Québec moderne qui reconnaît et garantit les droits de tous. Cela nécessiterait une politique économique et un budget qui mobilisent le peuple et les vastes ressources de la société pour satisfaire aux besoins croissants du peuple. Un tel budget déterminerait les dépenses qui sont nécessaires à la satisfaction des besoins et à la reproduction de l'économie et mobiliserait les énergies de tous pour produire les revenus nécessaires à la satisfaction des besoins.

C'est tout le contraire qui se produit avec ce budget. Le gouvernement se fait un point de fierté de dire que ses dépenses en programmes sont les plus basses qu'ait connues le Québec depuis les derniers 15 ans. Les dépenses de programmes ont connu une hausse de 1,2% en 2012-2013, de 2,5% en 2013-2014, et elles sont fixées à 2% par année jusqu'en 2016-2017. Ce sont des chiffres historiquement bas, nous dit-on, totalement en deça des besoins de la population et qui signifient des compressions drastiques dans les services déjà totalement inadéquats. En plus de cela, cette année, les frais de service de garde commenceront à être augmentés sur une base annuelle, les tarifs d'Hydro-Québec vont augmenter et les frais de scolarité des étudiants étrangers vont aussi augmenter, sans parler des autres frais non annoncés qui augmentent sans cesse suite à la compression des dépenses de programmes.

Du même souffle, la réquisition de ressources fiscales et budgétaires pour payer les riches atteint elle aussi de nouveaux sommets au nom de la croissance économique, de la création d'emplois et de la prospérité. On assiste au transfert massif et toujours plus grand de la richesse sociale dans les mains d'intérêts monopolistes privés qui l'utilisent à leurs propres fins. Cette richesse est dilapidée dans des aventures sur lesquelles le peuple et le gouvernement n'exercent aucun contrôle. Cela appauvrit l'économie et accroît le déséquilibre entre les différents intérêts de la société.

Le Québec possède des ressources naturelles et humaines en abondance, une classe ouvrière combative, productive et éduquée. Une fois que les travailleurs s'organisent sur la base de leur propre politique indépendante et décident de mettre la richesse sociale qu'ils produisent sous leur contrôle, tout est possible. La politique néolibérale ne voit aucune autre issue que de payer les riches et considère les travailleurs, les étudiants, les femmes et les aînés comme un coût qu'il faut constamment réduire. La politique néolibérale et le budget du gouvernement actuel et des gouvernements précédents sont en contradiction avec les besoins de la société. Le problème posé et à résoudre est d'investir le peuple du pouvoir de décider de la direction de l'économie.


Austérité et prospérité

À ses adversaires politiques qui lui reprochent de ne pas maintenir l'échéance prévue pour l'équilibre budgétaire et de ne pas comprimer les dépenses davantage, la première ministre Pauline Marois a répondu qu'«eux choisissent l'austérité, nous, on choisit la prospérité».

Selon le Larousse, la prospérité est un «état marqué par l'expansion et l'abondance», l'«état de quelqu'un qui est dans une situation favorable sur le plan économique ou celui de sa santé. Les synonymes sont: développement, essor, expansion, bonheur, fortune, opulence, richesse. Les antonymes sont: infortune, malheur, pauvreté, crise, dépression, marasme, ruine.

L'austérité est une «politique économique visant à réduire l'ensemble des revenus disponibles pour la consommation, par le recours à l'impôt, au blocage des salaires, à l'emprunt forcé, aux restrictions de crédit et au contrôle des investissements». Les synonymes sont: ascétisme, puritanisme, rigorisme, sobriété.

La prospérité n'est donc pas le contraire, l'opposé ou l'alternative d'austérité. Le contraire de l'austérité serait d'augmenter l'ensemble des revenus disponibles pour la consommation et de permettre aux salaires et aux investissements d'augmenter pour répondre aux besoins. La prospérité appartient à une autre catégorie complètement et le fait de «rejeter l'austérité» ne fait rien en soit pour garantir la prospérité, garantir que le Québec sorte de l'«infortune, malheur, pauvreté, crise, dépression, marasme, ruine».

En fait, tous les gouvernements du Canada, qu'ils invoquent l'austérité ou pas, adoptent des lois et votent des budgets de compression des dépenses dans les programmes sociaux et les services publics et s'en prennent aux salaires et conditions de travail des employés du secteur public. Selon Mme Marois, les libéraux et la CAQ qui proposent de maintenir la hausse des dépenses à 1,5% par année ou moins sont pour l'austérité tandis que son gouvernement est contre l'austérité puisqu'il veut laisser les dépenses augmenter à 2%. C'est absurde.

Alors de quoi parle la première ministre?

Plutôt que de réduire la question du budget des dépenses et des revenus de l'État à ces jeux partisans, le gouvernement devrait prendre au sérieux l'important défi qui se pose pour le Québec: comment mettre à profit nos abondantes ressources, notre population instruite et nos industries bâties à la sueur et au sang de ceux qui nous ont précédés pour répondre aux besoins et aspirations des Québécois? Avec toutes ses richesses et ses capacités, le Québec peut très certainement leur garantir un niveau de vie digne d'une société avancée. Il peut amplement s'occuper de ses malades, éduquer ses jeunes au niveau le plus élevé et offrir à ses aînés une retraite dans le bonheur, la sécurité, la dignité et la tranquillité d'esprit.


À titre d'information

Les principales mesures du budget
du gouvernement du Québec

- Le budget confirme un déficit de 2,5 milliards $ pour l'année 2013-2014, prévoit un déficit de 1,75 milliard pour 2014-2015 et l'équilibre budgétaire pour 2015-2016.

- La croissance des dépenses de programmes est établie à 2% par année à partir de 2014-2015 jusqu'à 2016-2017. Le budget alloue une hausse de dépenses de 3% pour les réseaux de la santé et de l'éducation tandis que les autres ministères devront réduire leurs dépenses de 0,8%.





- Le budget prévoit l'implantation du financement dit « axé sur les patients » ( « l'argent suit le patient» ) dans le réseau de la santé, un mode de financement à l'activité basé sur la performance des établissements de santé et qui a mené à beaucoup de fermetures notamment en Ontario.

- Le coût des services de garde, présentement à 7 $ par jour, va monter à 9.20 $ par jour d'ici septembre 2016 ( 8 $ le premier septembre 2014, 9 $ le premier septembre 2015 et 9.20 $ à compter du premier septembre 2016 ).

- Les frais de scolarité des étudiants étrangers vont augmenter.

- Le budget prévient les employés du secteur public, dont la convention collective arrive à échéance le 31 mars 2015, qu'ils seront soumis à une « rémunération raisonnable » qui pourrait être ajustable selon la situation de l'économie et les revenus du gouvernement.

-Le budget presse les commissions scolaires de réduire leurs dépenses de 125 millions $ au moyen de différentes mesures dont des fusions de commissions.

- Le budget entérine la décision prise suite à l'énoncé économique de novembre 2013 à l'effet d'accorder le congé d'impôt de 10 ans à toutes les entreprises qui font un investissement de 200 millions $ ( et non plus de 300 millions $ comme c'était le cas auparavant).

- La politique de réduction de tarifs d'électricité pour les entreprises à même les surplus d'électricité décidée en octobre dernier s'appliquera dorénavant aux entreprises qui ont un seuil de consommation de 2 MW et non plus de 15 MW.

- Le gouvernement va accroître sa participation dans les entreprises minières notamment en autorisant la SOQUEM à s'associer aux minières juniors en finançant jusqu'à la totalité de leurs activités d'exploration.

 


Spéculations sur le déclenchement possible d'une élection

- Le budget entérine la décision du gouvernement de prendre deux participations en formule PPP dans deux projets d'exploration sur l'île d'Anticosti liés aux entreprises Pétrolia, Corridor Resourses, Maurel & Prom et Junex, investissant 115 millions $ dans ces deux projets.

- Le gouvernement prévoit un programme d'identification de 300 entreprises québécoises dites prometteuses ( appelées les « gazelles » ) qui obtiendront des subsides afin de hausser leurs chiffres d'affaires à 200 millions ou plus.

  
    






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