Chantier Politique

23 juin 2019

Numéro 12

24 juin 2019 - Bonne Fête nationale!

185 ans de célébrations de la Fête nationale


24 juin 1834 - Les patriotes inaugurent la Fête nationale
Solstice d'été et Fête nationale du Québec
Félicitations: La rue Amherst renommée rue Atateken!


24 juin 2019 - Bonne Fête nationale!

185 ans de célébrations de la Fête nationale

Cette année, nous célébrons le 185e anniversaire de la Fête nationale du Québec. Le 24 juin 1834, Ludger Duvernay, fondateur de l'institution patriotique « Aide-toi le ciel t'aidera » inaugurait cette journée comme étant la Fête nationale de la nation naissante du Québec et dédiait le premier toast au « peuple, source primitive de toute autorité légitime ». La Fête nationale, « fête, dont le but est de cimenter l'union entre les Canadiens » (La Minerve, 26 juin 1834) est, depuis, l'occasion de célébrer par la musique et la chanson, les rencontres, les défilés et les activités de quartier ce que nous sommes en tant que peuple, d'où nous venons et où nous allons. C'est une fête multidimensionnelle qui s'apparente beaucoup au solstice d'été et à la tradition immémoriale de la fête de la moisson, ou tout simplement au changement de saison et au besoin de se rassembler pour faire le point, ensemble, toutes origines sociales et nationales confondues, sur notre histoire commune.

Cette année, la fête nationale est soulignée par près de 6500 activités réparties sur près de 700 sites de fêtes, dont 323 feux d'artifice, 342 feux de joie, 1178 spectacles et 2156 activités familiales les 23 et 24 juin.

C'est aussi une fête politique qui s'exprime différemment et avec plus ou moins de clarté selon les époques et les circonstances. C'est l'occasion aujourd'hui de réfléchir à comment assurer l'édification de notre Québec moderne qui défend les droits de tous et de toutes. Le besoin de se rassembler grandit avec la marginalisation du peuple par rapport au pouvoir politique.

Les partis du système de partis cartellisés au Parlement et à l'Assemblée nationale veulent se montrer le champion des « valeurs » québécoises, mais sont incapables de présenter un projet d'édification nationale unificateur où les relations entre les peuples sont basées sur l'affirmation des droits de tous et sur des échanges de nation souveraine à nation souveraine.

La Fête nationale cette année a lieu dans une situation complexe et difficile. Plus l'élite dirigeante parle de cohésion sociale et d'expression du Québec comme nation, et plus elle divise le peuple et provoque les passions sur toutes les bases possibles, comme la religion, le port d'un vêtement, les immigrants et les migrants en ce moment, pour nous détourner de la lutte pour des arrangements modernes qui investissent le peuple du pouvoir afin qu'on puisse humaniser l'environnement naturel et social. Pendant ce temps, l'État québécois est usurpé par les grands intérêts privés supranationaux, qui sont les véritables preneurs de décision et nous entraînent dans leur destruction nationale et la voie de la guerre.

À l'occasion de la Fête nationale du Québec, le PMLQ salue le peuple, en particulier les jeunes, pour leur détermination à défendre les droits de tous et de toutes, sans égard à l'origine, au genre ou aux croyances religieuses des êtres humains qui forment le Québec moderne. La volonté de parler en son propre nom, en défendant la voie du progrès de la société, pour le peuple québécois, canadien et tous les peuples, s'exprime avec force et est matière à célébration en cette occasion de la Fête nationale.

En puisant dans sa riche histoire et sa riche expression du vivre-ensemble, le peuple québécois s'oriente vers le renouveau. Il faut régler la question de qui décide, c'est-à-dire comment investir le peuple du pouvoir de décider de toutes les questions qui le concernent. Trouver une solution au problème de qui décide est la quête la plus unificatrice qui soit. C'est un problème qui est en droite ligne avec la lutte des patriotes de 1837-1838.

Bonne Fête nationale !

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24 juin 1834 - Les patriotes
inaugurent la Fête nationale

Inauguration de la Fête nationale le 24 juin 1834 (BanQ)

Le 26 juin 1834, La Minerve (dont le but est de « répandre l'éducation surtout dans la classe agricole et de défendre les Justes Droits des Canadiens » - La Minerve, 12 février 1827), publie un article sur un banquet ayant eu lieu 2 jours plus tôt. « Cette fête, dont le but est de cimenter l'union entre les Canadiens ne sera pas sans fruit. Elle sera célébrée annuellement comme Fête Nationale. » C'est Ludger Duvernay, fondateur de l'organisation patriotique Aide-toi et le ciel t'aidera, qui en a pris l'initiative. Duvernay était également le rédacteur et l'éditeur du journal patriote La Minerve.

Célébration éminemment politique, la première Fête nationale est instaurée dans le contexte de la lutte des habitants du Bas-Canada pour affirmer leurs droits face à la Couronne britannique. En effet, en février 1834, 92 résolutions sont adoptées par la Chambre d'assemblée du Bas-Canada lesquelles revendiquent un plus grand contrôle des citoyens sur les décisions économiques et politiques qui sont prises dans la colonie.

Sans attendre la décision de Londres, la première Fête nationale est organisée dans le jardin de l'avocat MacDonnell et plus de 37 toasts et prises de parole y sont faits, tous saluant les idées éclairées de l'époque et les personnes qui les défendent. On salue tout d'abord « Le peuple, source primitive de toute autorité légitime, et le jour que nous célébrons. »


Reportage de La Minerve sur le Banquet de la Saint-Jean-Baptiste (BanQ)

Loin de la division selon la langue ou l'origine nationale qui nous est imposée par l'establishment passé et présent, on souligne la contribution des patriotes irlandais et celle de Daniel Tracey, fondateur du journal Irish Vindicator and Canada General Advertiser qui appuie les demandes du peuple du Bas-Canada visant à exercer un contrôle sur sa destinée.

On salue aussi la lutte de William Lyon Mackenzie et des « autres réformistes du Haut-Canada » qui participent à la lutte pour affirmer les droits de la jeune nation de l'époque. On accueille de même l'arrivée au Bas-Canada de citoyens britanniques. En effet, les patriotes présents à ce banquet déclarent : « L'émigration : puissent les milliers de sujets britanniques qui viennent chercher chaque année sur nos plages un asile contre les abus et l'oppression qu'ils éprouvent dans leur pays natal, n'en pas créer parmi nous et trouver ici l'accueil qui leur est dû ! Ils formeront avec les habitants du Canada une phalange impénétrable et irrésistible contre la tyrannie. »

Un toast spécifique est aussi porté aux « artisans et classes ouvrières de Montréal et de ce pays en général. Puisse l'éducation continuer de se répandre parmi les membres utiles de la société ; et puissent-ils se procurer le bien-être et l'aisance que méritent leurs travaux. »

La première Fête nationale institue aussi une autre tradition, celle d'offrir chansons et poèmes comme formes de célébrations du pays. À titre d'exemple, voici un extrait d'une chanson intitulée Impromptu chanté le jour de la St-Jean-Baptiste[1] qui fût récitée le 24 juin 1834 :

Les ennemis sur l’autel de la haine
O mon pays! décidèrent de ton sort,
À tes enfants ils présentent la chaîne
Souffriraient-ils, quoi! craindraient-ils la mort?
Un faible espoir porte ta voix plaintive…
De ta marâtre encor croire au serment!
Songe plutôt que d’une aile bien vive
La liberté voltige en t’effleurant.

Note

1. Tiré du Répertoire national ou recueil de littérature canadienne, compilé et publié par J. Huston membre de l’institut canadien -1848

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Solstice d'été et Fête nationale du Québec


Célébrations à Kinawit, Val d'Or, du solstice d'été, le 21 juin 2019 (Centre d'amitié autochtone de Val d'Or)

À l'origine, la fête de la Saint-Jean-Baptiste était intimement liée aux célébrations entourant le solstice d'été. Les journées entre les 21 et 24 juin étant les plus longues, toutes sortes d'activités étaient organisées pour rendre hommage au soleil et ce, dès l'antiquité. Les feux de joie, hommage à la lumière, servaient de réjouissances publiques, principalement dans ce qui était la Gaule et le nord de l'Europe. Le solstice d'été est encore célébré dans plusieurs pays, notamment en Irlande, en Écosse, en Islande, en Angleterre, au Pérou, en Équateur et au Canada.

Dans ce qui allait devenir le Québec, la tradition était remarquée sur les bords du Saint-Laurent dès 1636 par le Jésuite Louis LeJeune. En 1646, le Journal des Jésuites rapportait que « le 23 juin se fit le feu de la Saint-Jean sur les huit heures et demie du soir... On tira cinq coups de canon et on fit deux ou trois fois la décharge des mousquets ». Dans le milieu rural qu'était la Nouvelle-France à cette époque, le rythme des travaux est lié à celui des saisons, et la Saint-Jean permettait de prendre quelques instants de répit et de divertissements avant que ne débutent les gros travaux de fenaison et de moisson.

Avec le Concile de Trente (1545-1563), l'Église avait tenté de christianiser cette coutume de la célébration de la lumière autour d'un grand feu de joie pour lui substituer une représentation de soumission en la personne de Saint-Jean- Baptiste, « l'agneau de Dieu ». Dans cette même lignée, en 1702, monseigneur de Saint-Vallier, dans son Catéchisme du diocèse de Québec à l'intention des Canadiens, signalait que l'Église catholique au Nouveau Monde (entendre dans les colonies de l'empire français) dit qu'il s'agit d'une cérémonie parfaite pourvu qu'on en bannisse les danses et les superstitions, sous-entendues les croyances des nations autochtones.

Quand Ludger Duvernay et les députés du Parti patriote instaurent le jour de la fête nationale de la nation naissante du Québec, ils le font avec un esprit fort différent de l'orientation souhaitée par l'église. Des historiens comme Léopold Gagner, cité dans la biographie de Duvernay de Denis Monière, ont dit que Duvernay a été influencé par la Saint-Patrick qui est pour les Irlandais « un précieux instrument dans la revendication de leur liberté et de leurs droits. »

Il est intéressant de noter qu'aujourd'hui, le 21 juin, lors de la Journée nationale des peuples autochtones est organisé le « Solstice des Nations, une manifestation d'échange et d'amitié entre les nations qui peuplent le Québec ». À cette occasion, les nations autochtones organisent la « Cérémonie du feu pour le rapprochement des peuples vivant sur le territoire québécois » afin que « les braises de ce feu allument le feu de joie du Grand spectacle de la Fête nationale du Québec, sur les plaines d'Abraham ».

La célébration de la fête nationale du peuple québécois inclut la célébration des patriotes qui ont lutté pour l'indépendance face à l'Angleterre au milieu du 19e siècle, les Nelson, De Lorimier, Côté, Chénier, Duvernay, O'Callaghan, et plusieurs autres, qui ont combattu pour une patrie indépendante et une république qui investit le peuple de la souveraineté. Elle inclut la célébration de tous ceux qui ont épousé la cause des patriotes du Québec et en particulier ceux qui sont résolus à élaborer un projet d'édification nationale conforme aux exigences de notre temps.


Autres célébrations du solstice d'été lors de la Journée nationale des peuples autochtones 2019. À gauche: Québec, à droite: Saguenay (Centre d'amitié autochtone de Québec, Centre d'amitié autochtone du Saguenay)

Références:
- La Saint-Jean-Baptiste, 1634-1852, in Mélanges historiques Études éparses et inédites de Benjamin Sulte, compilées, annotées et publiées par Gérard Malchelosse
- Le réseau de diffusion des archives du Québec

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Félicitations: La rue Amherst
renommée rue Atateken!


Le 21 juin, Journée nationale des peuples autochtones, la mairesse de Montréal Valérie Plante et le chef de l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Ghislain Picard, ont annoncé en conférence de presse que la rue Amherst a été rebaptisée rue Atateken (prononcé: «A-de-dé-gan»). Ce nom signifie « fraternité » en kanien’kéha (langue mohawk). La rue va officiellement changer de nom en septembre 2019. 

Les membres du comité de toponymie autochtone ont souligné le travail de collaboration avec les partenaires de plusieurs nations incluant la nation Mohawk et la communauté urbaine, réalisé dans le contexte du processus de réconciliation avec les peuples autochtones. On retrouvait dans la foule plusieurs personnes qui ont participé à la lutte des dix dernières années pour que le nom soit changé. Des résidents du quartier étaient aussi présents à la cérémonie et ont applaudi le changement de nom.

D'abord et avant tout, le changement de nom a été provoqué par les efforts des Premières Nations et de la population du Québec qui ont mené diverses actions, dont des pétitions et des manifestations à la fin des années 2000. En 2017, la ville a annoncé que le nom serait changé afin d'honorer les Premières Nations en signe de réconciliation avec les peuples des Premières Nations. Le nouveau nom a été choisi par un comité composé de représentants des peuples autochtones.

Ghislain Picard a déclaré : « Maintenant que la rue Amherst a un nouveau nom, l'esprit de nos peuples, l'esprit de nos ancêtres peut désormais reposer en paix ». Cependant, il n'oubliera pas ce chapitre « extrêmement douloureux » de « notre histoire commune », a-t-il ajouté. « Je suis toujours choqué par ce point de l'histoire dans lequel une attaque impitoyable a été menée contre notre peuple. Comment cela pourrait-il être planifié ? Comment pourrait-il être excusé ? Je suis vraiment choqué et troublé », a-t-il dit.

À l'origine, la rue avait été nommée en l'honneur du maréchal Lord Jeffrey Amherst, officier de l'armée britannique et commandant en chef des forces britanniques. Après avoir conquis la Nouvelle-France pour la Grande-Bretagne, il est devenu le premier gouverneur général britannique dans les territoires de l'Amérique du nord britannique qui sont devenus le Canada. Amherst a ouvertement plaidé en faveur de l'extermination des peuples autochtones et a mené une guerre biologique contre eux en leur offrant des couvertures infectées par la variole.

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