Chantier Politique

 20 mars 2018

Numéro 4

Mesures budgétaires concernant l'assurance-emploi

Soutenons la demande des travailleurs saisonniers de vivre dans la dignité!

Les travailleurs doivent être vigilants face à l'hypocrisie libérale
Entrevue avec Line Sirois, coordonnatrice d'Action Chômage Côte-Nord


Mesures budgétaires concernant l'assurance-emploi

Soutenons la demande des travailleurs saisonniers de vivre dans la dignité!

Manifestation le 12 février 2018 à Cap-aux-Meules au Québec
pour exiger la fin du « trou noir » dans l'assurance-emploi 

Quelques semaines avant la présentation du budget fédéral le 27 février dernier, le ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social, Jean-Yves Duclos, et de hauts fonctionnaires de son ministère ont promis aux chômeurs que le budget comprendrait des annonces sur la question de l'assurance-emploi (AE) et en particulier du « trou noir ». On appelle « trou noir » cette période pendant laquelle les chômeurs, en particulier les travailleurs saisonniers, sont sans revenu. Ils ont épuisé leurs prestations d'assurance-emploi à cause des règles actuelles en vigueur mais n'ont pas encore retrouvé leur emploi.[1] Le budget du gouvernement fédéral comprend effectivement une annonce sur la question des industries saisonnières et du trou noir, mais, par son contenu et sa forme, elle est à l'opposé de ce que les travailleurs demandent pour pouvoir vivre décemment. 

Tout d'abord, le gouvernement fédéral rejette du revers de la main la demande des chômeurs, de leurs associations de défense et des syndicats qui les appuient pour des mesures d'urgence. Ils demandent que des mesures immédiates soient prises pour s'attaquer à l'arbitraire du régime qui a rendu la situation intenable. Dans le cas du trou noir, les associations de défense de l'est du Québec ont mis de l'avant la demande d'un seuil constant de 420 heures de travail pour se qualifier pour 30 semaines de prestations d'assurance-emploi qui est rétroactif à la période où le taux de chômage officiel et arbitraire est subitement tombé. Cela permettrait d'éviter que les travailleurs saisonniers se retrouvent sans revenu pendant des mois.

Au lieu de satisfaire les demandes des chômeurs et de leurs sympathisants, le gouvernement a mis dans son budget une section intitulée « Aider les travailleurs dans les industries saisonnières » qui dit :

« Pour la plupart des Canadiens, une perte d'emploi est un incident temporaire et unique. Le temps qu'il faut pour trouver un nouvel emploi dépendra de la situation de chaque personne et du marché local de l'emploi auquel la personne fait face à un moment donné. Voilà pourquoi les prestations d'assurance-emploi varient selon le taux de chômage régional.

« Cependant, il y a aussi un certain nombre de Canadiens qui travaillent dans des industries comme le tourisme et la transformation du poisson, qui dépendent du passage des saisons. Puisque les prestations d'assurance-emploi varient d'une année à l'autre dans chaque région, cette dynamique peut être perturbatrice pour les travailleurs dont l'emploi principal est saisonnier. Pour ceux qui ne sont pas en mesure de se trouver un autre emploi avant le début de la nouvelle saison, une telle situation peut représenter une perte de revenu difficile et stressante, surtout si les prestations d'assurance-emploi varient considérablement d'une année à l'autre. »

Cette description intéressée du problème déforme la réalité et ne résout rien. Le gouvernement fédéral considère le statu quo du chômage comme quelque chose d'intouchable et non comme un problème sérieux qui réclame une solution et face auquel un programme social est nécessaire tant que le problème n'est pas résolu. Le chômage est endémique dans le système actuel et l'élite dirigeante refuse d'envisager toute autre direction pour l'économie. Sa conception du monde ne part pas de ce qui sert le mieux le facteur humain, mais de ce qui sert le profit d'argent maximum pour une petite minorité, lequel requiert une surpopulation constante de travailleurs qui sont disponibles sur le marché de l'emploi.


Manifestation aux bureaux de Services Canada à Forestville

Le système actuel ne part pas des besoins du facteur humain et n'a pas comme objectif d'activer le facteur humain. Le système ne peut pas fournir des emplois à tous parce que tel n'est pas son but, qui est d'exproprier le maximum de profit d'argent de ce que les travailleurs produisent. Cela veut dire qu'un programme social est nécessaire qui garantit le droit des chômeurs de vivre à un standard canadien. Au lieu de reconnaître que c'est le cas, le gouvernement déclare qu'une perte d'emploi est « un incident temporaire et unique » qui se produit dans le contexte d'un « marché local de l'emploi ». Du revers de la main, le gouvernement écarte la réalité du chômage endémique et impose une formule arithmétique arbitraire qui repose sur un taux de chômage régional fantaisiste qui propose une « moyenne » pour une région entière. Tout cela n'a rien à voir avec la situation réelle des chômeurs et avec le trou noir en particulier qui crée tant de difficultés aux chômeurs.

Bien sûr, le gouvernement ne se sent pas obligé d'expliquer pourquoi « il y a aussi un certain nombre de Canadiens qui travaillent dans des industries comme le tourisme et la transformation du poisson, qui dépendent du passage des saisons ». C'est une simple description de la situation, d'ailleurs très pauvre, qui permet au gouvernement d'éviter d'expliquer ce qui est arrivé au secteur manufacturier des régions et pourquoi les gouvernements successifs ont refusé d'y développer une économie à secteurs multiples qui sert les besoins de la population et qui ne souffre pas des incertitudes et de l'insécurité face à l'emploi à cause du « passage des saisons ». Ces régions ont essentiellement été des dépôts de matières premières mises à la disposition des intérêts privés mondiaux lorsqu'ils en avaient besoin pour du raffinage ou de la fabrication manufacturière ailleurs. La matière première d'une région pourrait être développée comme le fondement d'une économie à secteurs multiples si les travailleurs étaient en position de contrôle et donnaient à l'économie un nouvel objectif centré sur l'être humain. Au lieu de cela, l'économie est laissée dans les mains d'intérêts privés supranationaux qui laissent les régions sous-développées et les travailleurs soumis à un chômage qui fluctue et qui est aggravé par un régime de l'assurance-emploi inadéquat et arbitraire.


Manifestation devant les bureaux de Services Canada à Richibucto, au Nouveau-Brunswick, le 21 février 2018, pour exiger que le gouvernement fédéral  adopte des mesures immédiates d'urgence pour mettre fin au « trou noir »

Note

 1. On estime qu'il y a environ 16 000 travailleurs au Canada qui affrontent le « trou noir » ou sont susceptibles de l'affronter chaque année. Environ 36 % de ces travailleurs vivent au Québec, et 28 % dans les provinces atlantiques. Le trou noir s'aggrave à cause de la délimitation arbitraire du pays en régions économiques de l'assurance-emploi qui sont un mixage de régions qui sont très différentes du point de vue des industries et de l'économie. Le régime de l'assurance-emploi attribue à chaque région un taux de chômage qui joue un grand rôle dans la détermination de l'admissibilité à l'AE. Cette détermination est arbitraire, car elle ne reflète pas la situation réelle des chômeurs et de l'économie régionale. Par exemple, le taux de chômage de la région économique de l'assurance-emploi du Bas-Saint-Laurent--Côte-Nord comprend même une partie du Lac-Saint-Jean, qui ne fait même pas partie de la région géographiquement. Le taux de chômage de la région est officiellement tombé à 6,9 % en novembre, comparativement à 8,9 % en mai. La conséquence de cela, c'est que le seuil de qualification à l'assurance-emploi est passé dans cette région de l'AE de 595 heures travaillées pour 18 semaines de prestations, ce qui est déjà inacceptable, à 665 heures travaillées pour 15 semaines de prestations. Cela veut dire qu'un plus grand nombre de travailleurs sont simplement exclus de l'assurance-emploi par une simple statistique qui ne reflète pas les conditions réelles, et laissés sans revenu, dans le trou noir, pour une période qui peut atteindre 3-4 mois.

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Les travailleurs doivent être vigilants face à l'hypocrisie libérale

Le budget fédéral du gouvernement Trudeau comprend deux mesures touchant les travailleurs des industries saisonnières.[1] Le plan budgétaire du budget 2018 prévoit ce qui suit :

1. « Afin de mettre à l'essai de nouvelles approches destinées à mieux aider les travailleurs les plus touchés par cette situation, le gouvernement propose d'investir 80 millions $ en 2018-2019, et 150 millions $ en 2019-2020, par l'intermédiaire des Ententes sur le développement du marché du travail fédérales-provinciales. Dans les mois à venir, le gouvernement collaborera avec des provinces clés afin de formuler conjointement des solutions locales qui pourront être mises à l'essai pour appuyer le développement de la main-d'oeuvre. »

2. « De plus, Emploi et Développement social Canada réaffectera un montant de 10 millions $ à même les ressources ministérielles existantes dans le but d'offrir immédiatement un soutien du revenu et une formation aux travailleurs touchés. Ces mesures contribueront à faire en sorte que les travailleurs en chômage des industries saisonnières du Canada aient accès aux mesures de soutien dont ils auront besoin, quand ils en auront le plus besoin. »

La mesure 1 n'a absolument rien à voir avec la revendication des chômeurs de mesures pour atténuer leur situation de grande pauvreté et de correctifs qui reposent sur les conditions concrètes et les besoins réels des chômeurs. Les Ententes sur le développement du marché du travail fédérales-provinciales concernent des montants dévolus aux provinces, au Québec et aux territoires par le fédéral, pour fournir des programmes de formation, d'aide à l'emploi, des subventions salariales aux employeurs qui engagent des chômeurs, et autres mesures du genre. Leur clientèle est essentiellement les demandeurs et prestataires de l'assurance-emploi.

Pourquoi le gouvernement fédéral veut-il associer les programmes de formation et autres programmes du genre aux travailleurs saisonniers ? Les travailleurs des régions où prédomine le travail saisonnier sont déjà formés pour leur métier. Ils ont l'instruction requise quand elle est requise et le reste ils l'apprennent en faisant leur métier. La formation ne mène pas à des emplois dans les régions où le travail saisonnier prédomine. Si du travail à l'année était disponible, pourquoi les travailleurs travailleraient-ils dans des emplois saisonniers incertains qui les piègent dans le trou noir ? Si du travail stable à l'année était disponible, qui serait disponible pour le travail saisonnier à moins qu'il n'existe une vaste coopération et que des travailleurs soient disponibles pour faire le travail saisonnier ? Mais ce n'est pas comme cela que cette économie fonctionne. Elle fonctionne à la concurrence et à l'expropriation du maximum de profit d'argent possible de ce que les travailleurs produisent. Les entreprises, qu'elles soient saisonnières ou non, achètent la capacité de travailler des travailleurs sur le marché des travailleurs disponibles. Pour que les travailleurs soient achetés (ou engagés), il faut que la demande pour leur capacité de travailler existe.

Les travailleurs doivent être vigilants


Manifestation le 16 mars dernier à Tadoussac (photo: CSN-Côte-Nord)

Est-ce qu'on fera de la participation à des programmes de formation une condition à l'accessibilité aux prestations de l'assurance-emploi pour les travailleurs saisonniers ? Est-ce que ces programmes vont « déterminer » que les travailleurs ayant reçu une formation ont maintenant un emploi, ce qui va mener à l'élimination ou à la réduction de leurs prestations, comme le fait le gouvernement de l'Ontario avec les travailleurs accidentés en « déterminant » qu'ils ont un emploi même si c'est un emploi fantôme ? Est-ce qu'on obligera les chômeurs des régions éloignées à se déplacer sur de longues distances pour aller suivre des programmes de formation parce qu'il n'y a pas de centres de formation dans leur région ?

Les travailleurs doivent être très vigilants aussi parce que cela fait plusieurs années que des « groupes de réflexion » impérialistes qui sont liés de près aux libéraux comme l'Institut C.D. Howe proposent que le gouvernement fédéral se départisse de ses responsabilités en ce qui concerne les chômeurs qui sont considérés comme « captifs ». Par « captifs » on entend les chômeurs qui ne participent pas à la mobilité du travail. Selon le C.D. Howe et d'autres comme eux, le programme de l'assurance-emploi devrait promouvoir la mobilité du travail et devrait être disponible seulement à ceux qui bougent sur le « marché du travail » et sont prêts à occuper des emplois loin de leur région et de leur ville.

Le C.D. Howe propose de refiler cette responsabilité des chômeurs « captifs » au Québec et aux provinces qui, selon lui, seraient plus aptes à s'occuper du chômage saisonnier qui ressemble soi-disant à l'aide sociale, laquelle est provinciale. Selon cette logique, les chômeurs « captifs » sont « dépendants de l'État » et ne font pas vraiment partie du marché du travail libre.

La conception du monde et les mesures du gouvernement libéral ne répondent pas aux demandes et aux besoins des chômeurs parce que là n'est pas son objectif. Pourrait-on imaginer un gouvernement libéral qui propose d'abolir le marché du travail et de le ranger au musée de l'histoire antipeuple à côté du marché aux esclaves ? Le seul programme social auquel les travailleurs peuvent s'attendre c'est celui pour lequel ils luttent et qu'ils demandent, et qui doit garantir leur droit à un niveau de vie et un moyen de subsistance de standard canadien en toutes circonstances.

En ce qui concerne la mesure numéro 2, les « 10 millions $ à même les ressources ministérielles existantes dans le but d'offrir immédiatement un soutien du revenu et une formation aux travailleurs touchés », personne ne sait à l'heure actuelle comment ces montants seront déboursés et quelle sera la relation entre ces montants de soutien du revenu et les programmes de formation. Les organisations de défense des chômeurs ont déjà dit qu'un montant de 10 millions $ est totalement insuffisant pour pallier à l'urgence actuelle et n'abordent en rien leurs demandes pour des mesures d'urgence disponibles tout de suite et des correctifs à la situation afin que les chômeurs puissent vivre dans la dignité. Cela ressemble à un spectacle minable de déplacement d'argent qui ne contient rien de substantiel pour remédier à la situation.


Manifestation à Rimouski le 16 mars 2018 (photo: L'Avantage)

Le refus du gouvernement fédéral de s'attaquer à ce problème du trou noir et du chômage en général est méprisable. Les travailleurs et leurs organisations demandent des mesures immédiates de soulagement d'urgence et des correctifs qui reposent sur la réalité concrète et les besoins des chômeurs. L'État et les autres qui achètent la capacité de travail des travailleurs doivent assumer leur responsabilité sociale de garantir une existence dans la dignité à tous à un standard canadien. Tout refus d'assumer cette responsabilité montre qu'ils ne sont pas aptes à gouverner.

Note

1. En ce qui concerne l'assurance-emploi, le budget 2018 propose aussi d'apporter des modifications à la Loi sur l'assurance-emploi afin de rendre permanentes les nouvelles règles relatives au projet pilote actuel Travail pendant une période de prestations. Ce projet pilote, qui devait prendre fin en août 2018, permet aux bénéficiaires de conserver 50 cents de prestations d'assurance-emploi pour chaque dollar de gains d'emploi, jusqu'à concurrence de 90 % de la rémunération hebdomadaire assurable entrant dans le calcul de leurs prestations.

Le Budget 2018 propose une nouvelle Prestation parentale partagée d'assurance-emploi qui permet aux familles biparentales qui acceptent de partager un congé parental d'obtenir cinq semaines supplémentaires de congé. Le budget propose aussi de rendre disponibles jusqu'à 90 millions de dollars sur trois ans à compter de 2018-2019 pour le traitement et la prestation de services visant les demandes d'assurance-emploi. Il propose de plus l'octroi de 127,7 millions de dollars supplémentaires sur trois ans à compter de 2018-2019 pour l'accessibilité aux centres d'appel de l'assurance-emploi « afin de s'assurer que les Canadiens reçoivent en temps utile des renseignements précis et de l'aide concernant les prestations d'assurance-emploi ». Depuis qu'ils ont pris le pouvoir, les libéraux déclarent qu'un des problèmes principaux du régime de l'AE est le caractère lent et compliqué du traitement des demandes et non l'arbitraire du régime dans son ensemble. C'est ce qu'ils ont dit pendant des mois aux travailleurs saisonniers qui réclamaient des montants d'urgence pour faire face au trou noir, avant de présenter les mesures scandaleuses dans ce budget sur la question du trou noir.



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Entrevue avec Line Sirois, coordonnatrice
d'Action Chômage Côte-Nord
Manifestation le 24 novembre 2017 à Forestville pour exiger la fin du « trou noir »

Le Marxiste-Léniniste : Le Conseil national des chômeurs dont Action Chômage Côte-Nord est membre, a vivement critiqué les mesures d'assurance-emploi contenues dans le budget du gouvernement fédéral, notamment en ce qui concerne la question du « trou noir ». Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

Line Sirois  : Le gouvernement nous traite comme des citoyens de deuxième catégorie. Les gens qui ne veulent plus vivre le trou noir vont devoir aller en formation. Comme si les gens manquaient de formation, ce qui est tout à fait faux. Les gens qui sont sur l'assurance-emploi qui vivent de travail saisonnier sont formés par les entreprises qui les emploient. Ils sont très bien formés. Quand ils ont besoin de formation, ils sont formés dans les entreprises. Les gens qui sont sur le trou noir n'ont même pas accès à cette annonce du gouvernement. Même si on voulait avoir accès à cette annonce, il ne faut pas oublier une chose, c'est qu'ici sur la Côte-Nord, il n'y a pas beaucoup d'établissements pour donner de la formation. Cela va être quasiment impossible de mettre cela en place. Et pendant ce temps-là, le gouvernement est en train de dire qu'il a réglé le problème, ce qui est tout à fait faux. C'est inconcevable. Les gens vont être formés dans quoi ? Un technicien forestier qui a un diplôme, qui n'aura pas assez de semaines de travail pour toucher l'assurance-emploi jusqu'à ce qu'il retrouve son travail, est-ce qu'on va le reformer pour aller faire un autre métier ? Il y a tout plein de questions qui restent sans réponse. Je trouve cela très humiliant de la part d'un gouvernement de dire qu'il a réglé le problème en envoyant les gens en formation. Nos gens n'ont pas besoin de formation, ils ont besoin de leurs prestations d'assurance-emploi. Ils ont besoin d'être reconnus pour ce qu'ils sont et d'obtenir ce qui leur revient.

Personne ne sait comment vont s'appliquer ces montants dont parle le budget pour l'AE. Ce que le gouvernement fédéral est en train de nous dire, c'est qu'ils ont pelleté le problème dans la cour du gouvernement du Québec. Ce sera au gouvernement du Québec à appliquer la façon dont va se vivre le trou noir. On sait bien que les machines gouvernementales, c'est très long avant qu'elles se mettent en marche, ce qui veut dire que les gens n'ont accès à rien. On est au même point où on était hier ou l'année passée. Ils n'ont absolument rien fait. Ils ont juste prétendu qu'ils ont trouvé une solution.

La formation, elle a toujours été là pour les travailleurs. C'est très bien d'avoir une formation quand on en a besoin d'une. Cependant, nos gens n'ont pas perdu leur emploi. Ils ont un emploi mais ils ont besoin d'assurance-emploi entre la période où leur emploi saisonnier s'arrête et la période où il reprend. Le gouvernement n'a absolument rien compris à nos revendications. Il y a beaucoup d'hypocrisie et même de trahison de la part du gouvernement parce qu'ils nous ont dit qu'ils avaient réglé le problème. Ils avaient dit que le gouvernement Harper ne comprenait rien à l'industrie saisonnière. Ils viennent de démontrer qu'ils ne la comprennent pas plus. Ils sont en train de faire mourir l'industrie.

Nous avons contacté l'attaché politique du ministre Duclos (ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social, responsable du régime de l'assurance-emploi - Note de LML). Ils nous disent que la situation est dans les mains du gouvernement du Québec, que cela va dépendre de la vitesse à laquelle le gouvernement du Québec va mettre en place la formation pour les travailleurs. L'accès aux montants dont nos gens ont besoin est conditionnel à ce que le gouvernement du Québec mette en place de la formation. Le ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais, se retrouve avec le dossier. Le gouvernement avait une patate chaude sur les bras, il l'a refilée au gouvernement du Québec. L'attaché politique du ministre Duclos nous a dit de vérifier où en sont les choses avec le ministre Blais. De la façon dont je comprends cela, c'est que tous les montants sont conditionnels à la participation à un programme de formation. Habituellement, si on fait de la formation c'est qu'il y a un but derrière cela. Dans le fond, ce qu'ils sont en train de nous dire, c'est de changer de métier. On s'attaque directement aux travailleurs et aux régions, parce que beaucoup de régions vivent de travail saisonnier. La nature de l'emploi y est saisonnière. La seule solution qu'on nous donne, c'est de s'en aller.

LML  : Comment envisagez-vous le développement de votre travail dans cette situation ?

LS  : La première chose, c'est qu'on ne va pas s'en aller comme ça. Nous avons rencontré nos travailleurs. Tout le monde est mécontent. Nous allons continuer à manifester comme nous l'avons fait. Nous allons aussi poursuivre le travail avec les travailleurs du Nouveau-Brunswick parce qu'eux aussi sont mécontents et eux aussi ont organisé des manifestations ces derniers mois.

C'est important que la population soit au courant. Il faut que les gens soient au courant de ce qui se passe parce que le gouvernement prétend avoir réglé le problème. Nous avions l'opinion publique avec nous. Maintenant ils essaient de virer l'opinion publique contre nous en disant que nos gens ne veulent rien faire, et que c'est pour cela que nous sommes mécontents. Nous sommes en train de préparer notre riposte. C'est important d'avoir l'opinion publique de notre côté.

(Articles tirés du Marxiste-Léniniste numéro 9, du 10 mars 2018)

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