Chantier Politique

18 novembre 2017

Numéro 26

La Loi 62 du gouvernement libéral sur la «neutralité religieuse de l'État»

L'Assemblée nationale blâme les femmes et les jeunes pour masquer sa propre couardise
- Parti marxiste-léniniste du Québec -

La Loi est irrationnelle et doit être abrogée
- Georges Côté -


La Loi 62 du gouvernement libéral sur la «neutralité religieuse de l'État»

L'assemblée nationale blâme les femmes et les jeunes pour masquer sa propre couardise

Une victoire à la Pyrrhus est une victoire qui est obtenue au prix de terribles pertes pour le vainqueur. Cette expression s'applique bien à l'adoption de la Loi 62 par l'Assemblée nationale le 18 octobre. On a essayé de justifier la Loi sur la base que le moins de 1 % des femmes qui portent une pièce de vêtement qui couvre leur visage se trouve à bloquer le progrès de la société en privant le 100 % de la population de la jouissance de ses droits.

La prétention du gouvernement qu'il défend le droit public et une démocratie civile repose sur une notion étriquée de ce qu'est la séparation de l'Église et de l'État, qu'on dit être une lutte « inachevée ». Cette lutte est présentée de la manière la plus absurde qui soit et totalement hors contexte. La séparation de l'Église et de l'État a été réglée au Québec en 1874 quand le Conseil privé britannique a réglé l'affaire Guibord. Cela a arrêté l'ingérence de l'Église dans les affaires qui sont de la compétence de l'autorité civile, et réglé la question à savoir que l'État était laïc et non ecclésiastique et que le pouvoir civil et non le pouvoir ecclésiastique de l'Église régnait sur les affaires temporelles.[1] En dépit de cela, l'Église a maintenu son pouvoir oppressif dans les affaires temporelles parce qu'il était de l'intérêt des cercles dirigeants de maintenir les rapports féodaux dans les campagnes. Ce pouvoir s'est maintenu jusqu'à son éclatement dans les années 1950-1960, lorsqu'il a fallu créer un bassin massif de main-d'oeuvre à bon marché pour servir l'expansion impérialiste américaine au Canada et c'était le Québec qui procurait alors le plus haut taux de rendement sur l'investissement. On a donné à cette période d'expansion économique et de changements sociaux et culturels au Québec le nom de Révolution tranquille.

Le problème aujourd'hui n'est pas qu'il existe un pouvoir ecclésiastique qui contrôle l'État et les affaires temporelles, mais bien que des intérêts privés se sont emparés de cet aspect du pouvoir civil qui, dans la période précédente, servait ce qu'on a appelé le bien public. Il est tout à fait pathétique d'accuser ce tout petit nombre de femmes qui portent un vêtement qui leur voile le visage d'opprimer d'autres gens qui ne partagent pas les croyances que cette pièce de vêtement est censée représenter. Il s'agit d'une tentative méprisable de détourner l'attention de ce qui bloque le progrès de la société et du refus de cette élite de s'attaquer aux véritables problèmes de l'économie et de la société. Il y a plusieurs années de cela, c'était au tour des travailleurs de la construction « criminels » qui étaient accusés de recourir à la « violence » sur les chantiers et de priver les autres travailleurs de la construction de leurs droits, alors que le droit d'association et de négociation collective du collectif tout entier des travailleurs de la construction subissait l'assaut brutal des monopoles privés et des gouvernements à leur service. Il y a trois ans, c'était au tour des « travailleurs municipaux irrespectueux de la Loi » dont on disait qu'ils avaient « envahi et vandalisé » le conseil municipal et privé les Montréalais de leur droit aux services municipaux, alors que pendant ce temps ces services étaient privatisés, les services à la population se détérioraient et Montréal transférait de vastes montants d'argent public dans les coffres de promoteurs privés.

En ce qui concerne la Loi 62, s'attaquer à ces femmes qui sont les plus vulnérables est un acte de lâcheté incroyable. C'est la raison pour laquelle les députés libéraux précèdent toujours leurs interventions avec des phrases à propos de « l'égalité hommes-femmes ». C'est comme ceux qui disent : « Je ne suis pas raciste mais... » avant de se lancer dans des invectives racistes. Ces partis utilisent leur position au sein du gouvernement et de l'État pour payer les riches au détriment du bien public qu'ils disent défendre avec cette loi.

Cette tentative de blâmer ce très petit nombre de femmes pour les problèmes de la société québécoise est absurde et lâche à la fois. Tout le monde sait que ces femmes ont besoin de l'appui de l'État, elles ont besoin que l'État les défende au lieu de les attaquer. C'est pour cette raison que les libéraux ont sorti de leur sac une deuxième raison pour essayer de justifier cette grande diversion. Ils profitent de cette loi pour prendre leur revanche sur les étudiants qui ont osé les défier en 2012. Les étudiants ont frappé fort contre la corruption véritable qui existe dans la privatisation de l'éducation et la construction des institutions d'enseignement et le gouvernement s'est vengé en donnant une nouvelle définition pitoyable de ce que sont les droits de minorité. Selon cette définition, ceux qui luttent pour défendre le droit public à l'éducation sont une minorité qui prive par ses actions la majorité de la jouissance de ses droits. Les libéraux grattent le fond du baril quand ils proclament que les associations étudiantes ne sont pas des personnes légales et ne sont donc pas représentatives des organisations étudiantes mène si leurs dirigeants sont élus. Le mobile de la revanche se voit très clairement au fait que chaque fois qu'ils interviennent sur la Loi 62 à l'Assemblée nationale, les députés libéraux ne manquent pas de dire que les clauses sur les pièces de vêtement qui couvrent le visage et sont visées par la Loi vont aussi s'appliquer à ceux qui portent des masques dans les manifestations, comme cela s'est produit dans ce vaste mouvement du printemps 2012 contre la hausse des frais de scolarité du gouvernement libéral. L'administration municipale libérale de Montréal a tenté de criminaliser le port de pièces de vêtement par les étudiants qui couvrent le visage au moyen du règlement P-6. Cependant, en juin 2016, la Cour supérieure du Québec a rejeté le règlement P-6 comme étant anticonstitutionnel.

La criminalisation des étudiants, qu'on a blâmés pour tous les problèmes de l'éducation et qu'on a aussi accusés d'être une menace à la sécurité publique, a servi à détourner l'attention du fait que l'argent pour financer l'éducation existe mais qu'il est utilisé pour payer les riches. Il est volé au moyen des arrangements privés corrompus que le gouvernement fait avec ses amis de l'industrie de la construction et d'autres secteurs pour qui la livraison des services est une façon d'amasser un gain privé.

On accuse toujours une section de la population d'opprimer les autres et de les priver de leurs droits. Mais les arguments qui revendiquent la défense des droits ne peuvent pas être des arguments légitimes s'ils servent à couvrir le rôle de l'État, la question de qui contrôle le pouvoir décisionnel, et les stratagèmes des gouvernements pour payer les riches et priver le peuple de ce qui lui appartient de droit.

Tout cela nous ramène à la Commission Bouchard-Taylor dont le mandat était d'étudier la « cause du malaise » qui existe au Québec à cause des tensions présumées entre les Québécois « d'origine canadienne française » et ceux « issus de l'immigration ». Le gouvernement Couillard est un ardent promoteur de cette ligne raciste antipeuple et il en a été de même des gouvernements Marois et Charest avant lui, même si les libéraux de Philippe Couillard ont déclaré suite à leur victoire aux élections de 2014 que la « diversité » venait de l'emporter sur la « désunion ».

L'objectif poursuivi est de détourner l'attention des problèmes de l'économie et de la société tels qu'ils se présentent au XXIe siècle. Le désir de résoudre quelque problème que ce soit est absolument absent, seul subsiste le désir de trouver des façons toujours plus retorses de payer les riches. Dans le contexte des élections qui auront lieu au Québec en 2018, il est clair que le peuple doit trouver la façon de formuler ses propres demandes afin de ne pas se faire prendre dans le piège de s'aligner sur l'un ou l'autre des « points de vue opposés » sur les questions qui font diversion. C'est là la façon principale par laquelle les riches et leurs représentants dépolitisent et marginalisent le peuple pour faire en sorte qu'il ne soit pas capable de servir sa cause en mettant de l'avant ses propres demandes et en affirmant les droits de tous.

L'élite dominante a recours à la diversion, comme celle qui dit qu'il existe un problème de neutralité religieuse de l'État et de division parmi le peuple, dans le but de diviser le peuple, de créer des incidents pour lesquels on va blâmer le peuple afin de justifier le déploiement des pouvoirs de police et de briser tout effort de créer un mouvement politique qui investit le peuple du pouvoir. Le simple fait que les libéraux ont présenté un amendement pour étendre la portée de la Loi 62 aux transports publics, en tant qu'espace où la livraison et la réception des services publics doit se faire à visage découvert, montre qu'il s'agit d'une politique qui vise délibérément à provoquer des conflits et des prétendus malaises pour empêcher le peuple de s'unir pour de nouveaux arrangements qui défendent les droits de tous et permettent de régler les problèmes économiques et politiques.

Cette tentative de masquer les problèmes et de détourner l'attention des obstacles auxquels se heurte l'affirmation des droits au Québec et au Canada va échouer parce que la lutte pour investir le peuple du pouvoir prend la forme de la défense des droits de tous. L'adoption de cette loi par l'Assemblée nationale ne fait qu'apporter la honte à tous les partis de l'Assemblée nationale. Ce sera vraiment une victoire à la Pyrrhus.

Note

1. L'Église catholique a refusé de donner un enterrement ecclésiastique à l'imprimeur montréalais Joseph Guibord quand celui-ci est mort en 1869. Il avait été excommunié parce qu'il était membre de l'Institut canadien de Montréal qui faisait la promotion d'ouvrages mis à l'index par l'Église, notamment les ouvrages des encyclopédistes français comme Diderot et Voltaire. Sous l'autorité de l'évêque de Montréal Ignace Bourget, qui agissait de concert avec la papauté à Rome sous le pape Pie-IX, l'interdiction de l'enterrement faisait partie de l'effort de la caste ecclésiastique pour devenir l'autorité dans les affaires temporelles aussi bien que dans celles de l'Église. Le 21 novembre 1874, le Comité judiciaire du Conseil privé a statué que Guibord devait être enterré dans le cimetière de Côte-des-Neiges, que l'Église soit d'accord ou pas. Ce jugement a mis fin à la prétention de l'Église au statut d'autorité suprême au Québec en matière d'affaires temporelles.

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La Loi 62 est irrationnelle et doit être abrogée

Le 18 octobre, le gouvernement libéral de Philippe Couillard a adopté par un vote de 66 contre 51, aucune abstention, la Loi 62, Loi favorisant le respect de la neutralité religieuse de l'État et visant notamment à encadrer les demandes d'accommodements pour un motif religieux dans certains organismes. Le projet de loi avait été déposé en juin 2015 par la ministre de la Justice Stéphanie Vallée pour qui la mesure « s'inscrit dans cette volonté de mettre les bases d'un vivre-ensemble nécessaires au Québec ». Les gouvernements qui se sont succédés au Québec s'acharnent depuis dix ans sinon plus sur ce « vivre-ensemble ». Avant que le projet de loi ne soit adoptée, il y a eu huit sessions d'audiences particulières et huit rencontres en commission de la Commission des institutions.

Lorsque les libéraux sont revenus au pouvoir en 2014, leur nouveau chef Philippe Couillard avait déclaré que c'était « la victoire de la diversité sur la division ». C'était une référence au projet de Charte des valeurs du Parti québécois, déposé à l'Assemblée nationale à la fin de 2013 et considéré par plusieurs comme une des raisons principales de la défaite du gouvernement du Parti québécois à l'élection de 2014. Un an plus tard le gouvernement libéral a déposé son projet de loi 62 et il jongle avec depuis. Cette obsession à vouloir instituer une charte des valeurs ou des lois qui codifient ce qu'on appelle les « accommodements raisonnables » et comment les gens s'habillent, se comportent et expriment leurs croyances incite les passions et sert à diviser et à détourner l'attention de la demande d'une nouvelle direction pour l'économie et de solutions aux problèmes graves auxquels le Québec est confronté à cause de l'offensive antisociale lancée pour payer les riches.

En 2007-2008, le gouvernement libéral de Jean Charest a établi la Commission Bouchard-Taylor pour enquêter sur ce qu'on a appelé un « malaise » ou des « tensions » entre les Québécois issus de l'immigration et ceux d'origine canadienne-française -- une régurgitation de la vieille manoeuvre coloniale britannique de diviser pour régner. Elle a été utilisée à l'époque pour bloquer la naissance d'une nation québécoise formée de tous ceux qui habitent son territoire en déclarant qu'il existait « deux races » (anglaise et française) qui se vouaient « une haine mortelle ». C'était précisément à l'époque où des gens de différentes nationalités, langues et religions s'étaient unis dans les rébellions de 1837-1839 contre le pouvoir colonial britannique pour prendre le contrôle de leur vie. De même aujourd'hui, des « tensions » et des « malaises » sont créés pour enlever l'initiative au peuple.

Lorsqu'il est arrivé au pouvoir, le gouvernement de Philippe Couillard a également mandaté la Commission des droits de la personne et de la jeunesse du Québec de tenir des consultations sur « la discrimination et le racisme systémiques au Québec », mais en octobre dernier il a annoncé l'annulation de ces audiences en raison de la crise que cela a provoqué au sein de la Commission. Il a annoncé qu'il lancera plutôt un « forum sur la valorisation de la diversité et la lutte contre la discrimination », dont les détails ne sont pas encore connus.

La Loi 62

La Loi 62 est présentée selon la vision du monde libérale d'un équilibre entre les droits et libertés reconnus par la Charte des droits et libertés de la personne et les limites imposées par la cohésion sociale ou le « vivre ensemble » notamment ce que la Loi appelle le besoin de communications entre les personnes, le besoin d'identification et le besoin de sécurité.

Le préambule affirme « que l'État québécois et ses institutions sont notamment fondés sur les principes de la primauté du droit, de la séparation de l'État et des institutions religieuses et de la neutralité religieuse de l'État ». Le préambule affirme aussi que la Charte reconnaît les libertés fondamentales comme la liberté de conscience, de religion et d'expression, et les valeurs comme l'égalité entre les hommes et les femmes, et il ajoute que « les droits et libertés de la personne sont inséparables des droits et libertés d'autrui et du bien-être général ». Le préambule indique que la neutralité religieuse est nécessaire pour assurer à tous un traitement sans discrimination sur la base de la religion. Il vise ouvertement le comportement des membres du personnel des services publics qui sont une cible spécifique de cette loi.

Nulle part dans les délibérations sur le projet de loi, que ce soit en étude, en comité ou en session de l'Assemblée nationale, il n'est donné d'exemple de discrimination qui aurait été commise de la part du personnel des services publics sur la base de l'appartenance ou non à la religion. Aucun fait n'est donné qui montrerait que ce problème existe. En plus, on ne dit nulle part pourquoi il faut une loi pour régir de telles situations si celles-ci venaient à se produire. Les services publics sont déjà dotés de codes de déontologie qui peuvent être invoqués dans les cas de discrimination. Il y a aussi la Commission des droits de la personne qui peut être interpellée, les travailleurs ont des syndicats, etc. La Loi introduit un problème sans montrer qu'il existe afin de justifier le recours aux pouvoirs arbitraires de l'État pour intervenir contre les employés et le personnel en général des services publics et contre les organismes eux-mêmes au nom de la non-discrimination.

Les services publics à visage découvert

La Loi dit simplement ceci au sujet des services publics à visage découvert : « Un membre du personnel d'un organisme doit exercer ses fonctions à visage découvert ; de même, une personne à qui est fourni ou se présente pour recevoir un service par un membre du personnel d'un organisme visé par le présent chapitre doit avoir le visage découvert lors de la prestation du service. »

Autant le texte est laconique, autant la discussion à ce sujet dans les différentes instances du pouvoir a été longue et alambiquée. Et encore une fois, aucune donnée n'est présentée sur le phénomène de la prestation ou de la réception de services publics à visage couvert ni sur en quoi cela constitue un problème pour la société québécoise si le phénomène existe. Pourquoi faut-il une loi sur cette question alors que les différents services publics ont des normes qui régissent des choses comme le vêtement ? Il est difficile d'imaginer qu'une personne renouvelle son permis de conduire ou sa carte d'assurance-maladie, ce qui exige une photo, sans dévoiler son visage.

Tout cela montre que le but de la Loi n'est pas d'assurer le bon fonctionnement des services publics, quoi qu'en disent la loi et les représentants du gouvernement Couillard. Si c'était le cas, le gouvernement ne s'acharnerait pas à détruire ces services par ses coupures et la privatisation selon son credo néolibéral.

Selon la Loi, les mesures concernant le visage découvert dans les services publics ont pour but « de s'assurer de la qualité des communications entre les personnes, de permettre la vérification de l'identité de celles-ci ou pour des fins de sécurité ».

Prenons un exemple. Le 15 août dernier, la ministre Vallée a fait adopter des amendements qui entre autres étendent l'application de la loi aux transports publics.

Voici ce qu'elle a dit à ce sujet le 4 octobre à l'Assemblée nationale lors du débat sur le rapport de la Commission des institutions :

« [C]ette consécration de l'obligation d'avoir le visage découvert dans notre société est pour moi tout à fait logique, s'inscrit dans justement ces valeurs que sont le vivre-ensemble, cette importance d'assurer une qualité dans nos communications... : Puis on n'a qu'à voir... Tout récemment encore, l'histoire nous a démontré à quel point il y avait un inconfort lorsque des gens se cachaient volontairement le visage. Rappelons-nous, le 20 août dernier (la manifestation à Québec pour appuyer l'accueil des réfugiés haïtiens suite aux mesures régressives de Trump aux États-Unis -- NDLR) les échanges qui ont eu... les incidents qui ont eu lieu ici, tout près, à Québec, où on voyait les gens le capuchon par-dessus la tête, les verres fumés, portant un foulard devant le visage, obstruant complètement qui ils étaient. Ce n'est pas un signal d'intégration à la société, au contraire. Et cette réalité-là... Certains de ces gens-là ont utilisé les transports publics, et ça a suscité des craintes. Alors, l'obligation d'avoir le visage découvert est tout simplement une obligation qui s'inscrit dans le cadre du vivre-ensemble et qui est tout à fait légitime. »

En plus d'exposer une conception du monde raciste très inquiétante, la ministre ne laisse pas de doute quant à l'intention de la loi : déclarer n'importe quoi une prestation et réception des services publics et y faire jouer le critère de « communications, identification et sécurité ». Ce sont les pouvoirs de police qui vont décider quand et dans quelles conditions ces critères s'appliquent, quand « des craintes sont suscitées » parmi le public.

Dans le cas des jeunes qui portent des masques lors de manifestations, le fait bien connu qu'ils le font pour se protéger contre la criminalisation et la répression des organes de répression de l'État est passé sous silence, au nom du « vivre ensemble ».

En étendant l'application de la loi dans les transports publics, le gouvernement a montré qu'il cherche à semer le maximum de troubles en imposant l'arbitraire en toute matière, dans l'espoir que cela empêche les gens de s'unir dans la défense de leurs droits et des droits de tous.

Confronté à l'accusation que le gouvernement cherche à criminaliser l'utilisation de l'espace public, le gouvernement a inventé les concepts d'« interaction » et de « prolongement de l'espace public ». Les interdictions de la Loi 62 ne s'appliqueraient que dans les cas d'interaction d'une personne en autorité dans un service public avec une personne qui reçoit un service public. Lorsque la personne évolue dans le « prolongement de l'espace public », l'interdiction ne s'applique pas. À ce sujet, la ministre a dit ceci en conférence de presse le 24 octobre :

« Prenons l'exemple du transport en commun... Pour atteindre l'objectif d'identification, un employé d'une société de transport peut demander à une personne de se découvrir le visage pour vérifier la validité de son titre de transport si le titre du transport est accompagné d'une photo. On le sait, dans la grande majorité des cas, les titres de transport sont magnétiques sans photo. Prenons l'exemple de la carte OPUS à Montréal. Par contre, toujours à Montréal, certains titres de transport, par exemple, les titres de transport à caractère privilégié, sont munis d'une photo et l'identification est requise déjà par entrée de jeu, par le Service de transport de Montréal (STM). Donc cette interaction qui est la vérification de l'identité peut être requise et évidemment se faire à visage découvert. Toutefois, une fois qu'on a pris place dans l'autobus ou le métro, on évolue dans le prolongement de l'espace public. La Loi n'entend pas régir le prolongement de l'espace public. »

Ou cet exemple, dans les bibliothèques :

« À la bibliothèque, à des fins d'identification et de communication, une personne qui se présente dans une bibliothèque publique doit avoir le visage découvert lors des interactions avec un employé ou une employée de la bibliothèque. Une telle exigence n'est pas requise lorsqu'on circule dans les allées de la bibliothèque, lorsqu'on consulte un document. »

Le simple fait que des personnes en position de pouvoir envisagent de telles situations tout en disant ne pas vouloir criminaliser l'utilisation de l'espace public montre que c'est bien ce qu'elles ont en tête. Ce prolongement de l'espace public, qui soi-disant est à l'abri des obligations et interdictions de la Loi, cesse lorsqu'une personne d'autorité interagit avec la personne pour des motifs de « communications, d'identification et de sécurité ». Cela veut dire que des jeunes qui sont attroupés dans un parc et qui ont le visage couvert cessent d'appartenir au prolongement de l'espace public si une personne en position d'autorité décide d'interagir avec eux parce qu'il interprète leur habillement comme un problème de sécurité ou de communication, qui « suscite des craintes » parmi les gens. Même chose en ce qui concerne les femmes musulmanes qui auraient le visage voilé. La différence est interprétée comme une justification de créer des conflits et de déployer les pouvoirs de police contre le peuple.

Les services à la petite enfance

Tout un chapitre de la loi est consacré aux services de garde éducatifs à la petite enfance. Ici, à l'interdiction de fournir et de recevoir des services à visage découvert s'ajoute une série d'obligations. Il s'agit d'assurer « que l'admission des enfants n'est pas liée à l'apprentissage d'une croyance, d'un dogme ou de la pratique d'une religion spécifique ; que les activités et les échanges éducatifs n'ont pas pour objectif un tel apprentissage. »

Reprenant l'affirmation que l'État a l'obligation de promouvoir la neutralité religieuse, cette partie de la Loi reprend presque mot pour mot la Charte des valeurs du Parti québécois qui avait aussi ajouté l'interdiction du port du voile dans ces services. La Loi 62 et les délibérations à son sujet dans les instances du pouvoir sont marquées par l'affirmation que le rôle de l'État comme garant des droits et libertés est menacé ou troublé par le pouvoir de l'institution religieuse et de la croyance religieuse. On n'observe pas au Québec ni au Canada de retour du pouvoir religieux dans l'État. Il y a par contre amplement d'indications de l'usurpation directe du pouvoir de l'État par les monopoles et oligopoles privés et leurs institutions supranationales, et c'est là un sujet d'inquiétude légitime et réelle pour les travailleurs et le peuple. Pourtant les partis qui forment un cartel à l'Assemblée nationale ne font pas d'agitation à cet égard, ils ne demandent pas que l'État cesse de représenter ces intérêts privés dans ses rapports avec la population et son bien-être.

Le fait même d'adopter des lois et d'autres mesures pour « régler » les différends dans la population par le moyen de pouvoirs de police arbitraires montre que c'est l'agissement d'une autorité qui refuse de s'attaquer aux problèmes de la société et de l'économie qui sont à la base des divisions et de l'insécurité parmi les différentes sections de la population.

Les « principes » et les « paramètres » que le gouvernement libéral et l'Assemblée nationale cherchent à enchâsser dans la Loi sont en fait l'acceptation, sous forme de « valeurs », de l'islamophobie qui accompagne les guerres d'agression et de changement de régime menées par les États-Unis et auxquelles le Canada participe. Ces « principes » et « paramètres » établissent les termes d'une gestion et d'une criminalisation du comportement par l'État. On s'en prend hypocritement aux codes vestimentaires, aux comportements et aux croyances des individus pour dire que notre sécurité à tous est non pas dans la défense des droits de tous, mais dans le contrôle des comportements, des codes vestimentaires et des croyances. On ne parviendra jamais à créer un « vivre-ensemble » qui apporte la sécurité et la paix pour tous de cette façon. C'est évident. Au contraire, la persistance de l'élite dominante à vouloir « régler » ces questions par les pouvoirs de police mène la société à une crise après l'autre et cela doit cesser.

La Loi 62 est irrationnelle et crée toutes sortes de problèmes pour le peuple. Elle doit être abrogée. C'est un rappel aux travailleurs et à tous les Québécois et Québécoises que le gouvernement libéral et l'Assemblée nationale sont en conflit avec les demandes de la société, avec le besoin de résoudre le problème de bâtir un Québec moderne qui relève le défi d'harmoniser les intérêts individuels avec les intérêts collectifs et tous ces intérêts avec l'intérêt général de la société. Il n'y a absolument aucune chance que cette approche irresponsable et intéressée des libéraux et leur prétention de défendre les droits comme des abstractions mènent à la résolution des problèmes de la société d'aujourd'hui. Ce qu'il faut, c'est fermement défendre les droits de tous et donner une nouvelle direction à l'économie, aux affaires politiques, sociales, et aux autres affaires de la société.

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